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13 août 2014

Les livres, la littérature québécoise et l'éducation

Le 12 août, un vaste mouvement d'achat de livres québécois s'est déroulé au Québec. De prime abord, j'ai trouvé l'idée fort intéressante. J'achète au moins un livre québécois par mois, mais une journée pré-déterminée pour m'en procurer deux autres (Alain Grandbois est-il un écrivain québécois? de Patrick Moreau et L'amélanchier de Jacques Ferron), pourquoi pas? C'est sans compter que j'en ai donné un à mon frère (Une certaine Amérique à lire, la Beat génération et la littérature québécoise de Jean-Sébastien Ménard) qui, d'ailleurs, aime bien me rappeler que son auteur fétiche, Jack Kerouac (à qui il consacre un site Web très intéressant), est d'origine canadienne-française. L'auteur du célèbre On the road pensait et rêvait… en français. 

J'en reviens à cette journée du 12 août, car quelque chose m'agace dans cette initiative, pourtant fort louable j'en conviens. Comment se fait-il que nous devions créer une journée pour stimuler la vente de la littérature québécoise? Un problème de fond subsiste sans que je puisse en nommer clairement les causes et les fondements. Les résultats de ladite journée semblent assez concluants (par ici et par ), mais encore faudrait-il que le mouvement se poursuive. Si les auteurs, les éditeurs et les libraires s'unissaient, et ce, sans attendre les décisions du gouvernement (entre autres pour le dossier du prix fixe pour les livres), une certaine effervescence stimulerait le marché. 

De plus, lorsque nous regardons de plus près les choix des lecteurs, nous constatons qu'ils sont plus ou moins issus des tendances du jour (la chik-lit, pour ne nommer que celle-là, fait fureur, les lectrices en sont ferventes). Les auteurs québécois plus classiques ne sont aucunement à l'avant-scène. Évidemment, me direz-vous, même dans les écoles, les classiques sont très peu enseignés. Serait-le cimetière des humanités dont parle Pierre-Luc Brisson dans son dernier essai? Assurément, sauf pour quelques irréductibles idéalistes comme moi, qui placent au programme secondaire des oeuvres comme L'Odyssée d'Homère ou encore Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne.

Pour terminer, si j'avais le véritable courage de mes convictions (et plusieurs contacts crédibles d'influence dans mon carnet, bien sûr), j'implanterais un programme de lecture obligatoire allant du primaire jusqu'à l'université. Une réelle base commune, qui ferait l'objet de consultations et de consensus. Et comment? Eh bien! en exigeant que toutes les écoles québécoises, qu'elles soient publiques ou privées, aient une liste composée principalement (mais non exclusivement) de romans QUÉBÉCOIS que les élèves et étudiants devraient se procurer en début d'année scolaire. Oui, l'achat obligatoire de romans par les parents. Finis (ou presque) les manuels et cahiers d'exercices. Pour tous ceux qui auraient besoin d'aide financière, les organismes et autres mécènes pourraient intervenir pour la meilleure cause sociale qui soit, la promotion de la lecture.

Ainsi donc, imaginez le nombre de romans vendus dans une seule année au Québec par le biais du système d'éducation! De plus, l'enthousiasme soutenu des professeurs, des parents et des élèves pour la lecture nous mènerait plus souvent sur le chemin des librairies, lesquelles seraient peut-être plus nombreuses grâce à ce regain d'énergie, de passion et de transmission.

19 juin 2014

Voilà.

Encore tout essouflée (bel euphémisme) de ma propre fin d'année au Collège, je m'apprête à écrire des cartes pour les profs de mes enfants. Pour leurs éducatrices. Pour la responsable de l'accueil au service de garde. Pour l'orthophoniste de ma fille. Pour la grande éducatrice de mon fils, ma mère. Pour eux, parce qu'ils le valent vraiment. Pour eux, parce ce n'est pas vrai qu'ils ne font que leur travail. Ils font toujours plus que leurs simples tâches. Ils donnent tout leur coeur pour que les enfants soient heureux. Cela semble si simple. Et pourtant, tout est là.

Antoine de St-Exupéry avait bien raison de faire dire au renard, ami apprivoisé du petit prince, que l'essentiel était invisible pour les yeux. Non, vous ne lirez pas ici une liste de ce que les profs sont, font (ou ne font pas), représentent et incarnent, car ce ne serait toujours pas l'ombre de la réalité. Mirage des mots, aucun portrait, si fidèle soit-il, ne peut insuffler la force silencieuse de la vocation professorale. Parole de maman! 

Imaginez l'absurdité parfois de ceux qui affirment haut et fort ne pas donner un cadeau au professeur de leur enfant au primaire ou encore à l'éducatrice de la garderie, sous prétexte qu'ils ne font qu'accomplir ce pourquoi ils sont payés. Vous allez chez le coiffeur, vous êtes satisfait : vous laissez un pourboire. Vous allez chez l'esthéticienne, vous êtes satisfait : vous laissez un pourboire. Vous allez au restaurant, vous n'êtes pas satisfait : vous laissez quand même un pourboire, par politesse, courtoisie ou habitude.

Arrive la fin d'année scolaire. Expliquez-moi votre raisonnement logique pour clamer haut et fort que vous ne donnerez pas un cadeau, une carte, une fleur ou une pensée à l'enseignant de votre enfant. Celui-ci a reçu un service (en fait, tellement plus, mais ça, vous êtes malheureusement dans l'incapacité de le percevoir) durant plusieurs mois, n'est-il donc pas normal de témoigner un tant soit peu votre gratitude?

Voilà, c'est écrit, et ce, en réaction à des commentaires lus sur les réseaux sociaux. Halte aux esprits contradictoires! J'y reviendrai, mais la reconnaissance du coeur, elle existe encore, à mon plus grand bonheur. Merci.

Nota bene : dans une chronique ultérieure, j'aborderai le thème des cadeaux de profs, mais au secondaire. 

13 mai 2014

Les 10 commandements pour réussir sa production écrite


Ce matin, aux aurores, je pensais au texte que mes élèves écriront demain pour la dernière production écrite de l'année. Voici le fruit de mon inspiration matinale. 

1.    Tu aimeras écrire et réécrire ton récit d’aventures. Voici ton premier et grand commandement.  Honore-le de tout ton cœur, car en français, rien n’est impossible. Tout est possible.

2. Tu rédigeras un récit qui comprend toutes les composantes du récit d’aventures : la situation initiale, l’élément déclencheur, la première péripétie, la deuxième péripétie, le dénouement et la situation finale.

3.    Tu décriras judicieusement tes personnages et tes lieux pour les rendre vraisemblables.

4.    Tu construiras des phrases dignes de ce nom.

Chaque phrase contiendra un sujet, un verbe conjugué et souvent un complément de phrase de lieu, de temps, de manière ou de cause.

5.    Tu ponctueras tes phrases graphiques correctement.

-       Les phrases déclaratives se terminent par un point.
-   Les phrases impératives commencent par un verbe à l’impératif présent et se terminent par un point d’exclamation.
-       Les phrases interrogatives commencent par une inversion du sujet et se terminent par un point d’interrogation.
-       Les phrases exclamatives commencent par un mot exclamatif et se terminent par un point d’exclamation.
-       Les compléments de phrase sont toujours encadrés de virgules.
-       On place une virgule après un organisateur textuel en tête de phrase (d’abord, ensuite, enfin, bref, depuis longtemps, etc.)
-       On place une virgule avant les conjonctions mais, car, puis, donc et avant etc.
-       On place une virgule pour séparer les éléments d’une énumération.

6.    Tu écriras des phrases syntaxiques élaborées.

     Une phrase graphique peut contenir plusieurs verbes conjugués, soit par subordination, soit par coordination, soit par juxtaposition.

7.    Tu conjugueras tes verbes avec concordance, et ce, au passé (à l'exception des dialogues).

8.    Tu intègreras des organisateurs textuels pour rendre ton texte plus cohérent.

9.    Tu orthographieras correctement tous les mots de ton récit, et ce, à l’aide d’un riche champ lexical.

10.                Enfin, surtout, tu accorderas correctement tous les noms, tous les verbes, tous les adjectifs, tous les déterminants et tous les participes passés de ton récit, et ce, en posant les bonnes questions.

***

Le nom est un roi terrible, un véritable dictateur. Il a un genre et un nombre qu’on doit absolument respecter. Son serviteur est le pronom, qui le remplace lorsqu’il le faut. Tous les sujets du royaume de France obéissent donc au nom selon 5 règles d’or.

1) Le verbe s’accorde toujours avec le sujet.

Questions à poser AVANT le verbe :
Qu’est-ce qui? Qui est-ce qui?

2) Le déterminant et l’adjectif s’accordent avec le nom, peu importe sa fonction dans la phrase.

Questions à poser AVANT l’adjectif :
Qu’est-ce qui? Qui est-ce qui?

3) Le participe passé seul s’accorde avec le nom, peu importe sa fonction.

Questions à poser AVANT le PPS :
Qu’est-ce qui? Qui est-ce qui?

Astuce : Trouve tous les verbes qui se terminent par le son « é ». Utilise le truc battre/battu. Si tu peux dire battre, écris ER. C’est un verbe à l’infinitif et encercle la terminaison à la mine. Si tu peux dire battu, écris É. C’est un participe passé qui agit comme un adjectif, donc qui s’accorde en genre et en nombre avec le nom.
4) Le participe passé avec être s’accorde avec le sujet.

Questions à poser AVANT le PPE :
Qu’est-ce qui? Qui est-ce qui?

5) Le participe passé avec l’auxiliaire avoir s’accorde seulement avec le complément direct s’il est placé avant le verbe.

Questions à poser APRÈS le PPA :
Qui?  Quoi?


Tous droits réservés  
Isabelle Bouthillier


30 avril 2014

Troubadour printanier




Félix Leclerc, père de la chanson québécoise


Ce matin, cours de grammaire. L'Express, le train file à toute allure. Tous en choeur, nous alignons les groupes de mots, qu'ils soient adjectivaux, adverbiaux ou verbaux. Chacun garde son niveau de concentration, mais moi, L'Hymne au printemps tourne en boucle dans ma tête. À la fin du cours, un élève me demande quel sera le sujet de la prochaine communication orale. À peine sortis d'un travail de recherche sur un personnage historique de la Nouvelle-France, non sans quelques anicroches, ils sont déjà prêts à replonger dans le gouffre...

Soit! Je leur avais dit que je cogitais, réfléchissais, mais finalement, j'improvisai (ou presque, à leurs yeux) ma fin d'année sur un air printanier. D'abord, ils devraient préparer une justification littéraire suivie d'une justification grammaticale. À partir d'un roman coup de coeur (de préférence), ils expliqueraient à leurs pairs les raisons pour lesquelles ce livre était génial. Ensuite, ils devraient lire un passage significatif du roman pour justifier l'accord de trois mots (un verbe, un adjectif et un participe passé). Tout cela se ferait en une seule période, car ils seraient placés en équipe de quatre.

Deuxièmement, je leur ai dit qu'ils devraient réciter un texte poétique. Puisque nous avions commencé l'année scolaire avec un poème d'un des plus grands écrivains français, Le mot de Victor Hugo, nous allions la terminer avec un poème d'un des plus grands poètes et chansonniers québécois,  L'hymne au printemps de Félix Leclerc. Un de mes collègues a cru que j'étais suicidaire (ou que mes élèves le deviendraient). En fait, je fus plutôt téméraire quand je vis l'air ahuri des élèves. Pour la plupart, Félix Leclerc, pourtant personnage historique, est un inconnu. Voilà pourquoi demain, durant le cours, nous écouterons un film de Claude Jutras, Troubadour, qui non seulement présente Félix Leclerc, sa famille, sa vie à Vaudreuil, mais également son pied-de-nez rythmé à tous ceux et celles qui lui auraient reproché de chanter mal ou encore de perdre son temps avec de simples chansons. Et pourtant...

Par l'intermédiaire du film de Claude Jutras, j'ai pu apprécier l'humour de Félix, sa simplicité, sa bonté, sa force poétique ainsi que son charme communicatif. Bref, tout un troubadour! Par les temps qui courent, il me semble que nous ayons bien besoin d'un doux souffle d'amour pour le rayonnement de notre langue.

16 avril 2014

Vie de prof

Où? Local du CAF, centre d'aide en français
Quand? Un midi comme les autres
Qui? Une élève qui éprouve des difficultés en lecture
Quoi? Une tentative d'explication desdites difficultés 

« Madame, le texte de Kim Thuy, , j'comprends vraiment rien! », me lance une élève qui arrive en coup de vent.

Je m'apprête à prendre son livre pour vérifier ses annotations selon les astuces apprises de Mme Gelimontex.

« Madame, c'est pas la peine de regarder mes notes parce que le texte, je ne l'ai même pas lu! », me dit-elle avec un air dépité.

J'aurais donc dû décoder son message, à savoir : « Mme B., je n'ai pas lu le texte à travailler pour mardi, mais pouvez-vous me le résumer, me l'expliquer, puis tant qu'à m'être déplacée au CAF, me donner les réponses? ».

Elle est partie dîner et moi je suis restée estomaquée.

***

15 avril 2014

Vie de prof

« Madame, vous ne comprenez pas pourquoi nous ne sommes pas prêts pour les exposés oraux? C'est parce qu'on a une vie, tsé! »

Je me tais et griffe le bureau après ce court et percutant commentaire. Je souris. Je respire. Je plisse les yeux. J'y pense, je pourrais peut-être essayer de me trouver une autre vie, tsé!

***

31 mars 2014

Un bref essai

Lors de mes études universitaires, puis durant mes premières années d'enseignement, la pédagogie par projets enflammait tous les esprits plongés dans la « nouvelle » pédagogie. « Dorénavant, affirmait-on, l'élève sera au coeur des apprentissages. » Quoi? Où était-il donc, avant la Réforme, s'il n'était pas au centre du savoir? En quoi les fameux et miraculeux projets allaient-ils davantage insuffler la motivation et le goût d'apprendre des jeunes? J'y ai cru, longtemps. 

À une certaine époque (pas si lointaine), l'institution au sein de laquelle je travaillais a choisi d'enlever l'enseignement du latin de la grille des matières. La langue latine et son histoire, c'était ma passion et mon idéal pour que les élèves maîtrisent mieux le français. Pour les dirigeants pédagogiques, il devenait de moins en moins vendeur de dire aux parents que l'on récitait des déclinaisons et des conjugaisons que si on organisait un projet intégrateur visant l'interdisciplinarité. En choisissant de poursuivre non seulement un enseignement du français, mais également du latin, je devais choisir un Collège qui avait pour mission première de transmettre un legs linguistique aux élèves. Je l'avais trouvé. C'était dans une autre vie.

Une autre Réforme a chamboulé le monde de l'éducation, que dis-je? Une Révolution. Dorénavant, les projets, c'était bien, mais les projets technologiques, c'était beaucoup mieux. La belle affaire! Il va de soi qu'Internet est un incontournable. L'ordinateur est l'outil par excellence pour communiquer. L'école n'échappe pas à ce tournant décisif. Encore une fois, les penseurs et pédagogues en vogue sont convaincus que grâce aux technologies de l'information et de la communication, les élèves seront plus motivés, plus engagés, donc moins susceptibles de décrocher du système scolaire. Est-ce si vrai, au fond? Je me pose la question. La pression est forte pour que nous, les enseignants, laissions entrer tous les gadgets dans nos classes afin que nos méthodes plaisent davantage aux élèves. De plus, ceux qui éprouvent des difficultés d'apprentissage ont maintenant droit d'utiliser différents outils qui pallient leurs lacunes langagières. Soit, mais est-ce suffisant? Que faudrait-il de plus pour que l'éducation soit la pierre angulaire de tous nos efforts collectifs?

Du temps. Du temps pour lire et pour comprendre. Du temps pour écrire et se corriger. Du temps pour se poser les bonnes questions. Du temps pour être le propre antidote de son apprentissage du français. Du temps à l'extérieur de la salle de classe pour expliquer les règles nécessaires à la maîtrise de la langue de Molière. Du temps pour que les professeurs lisent et corrigent fréquemment les textes de leurs élèves. Du temps pour leur expliquer leurs forces, leurs faiblesses, leurs défis et leurs objectifs. Du temps pour qu'ils puissent voir les catégories d'erreurs qui se répètent. Du temps pour leur enseigner les bases de la grammaire. Du temps pour apprendre par coeur, entre autres, les terminaisons des verbes. Par coeur, vous dites? Mais vous êtes complètement dépassée? Des dictées, en plus? Mais quelle perte de temps! Eh bien! Vous savez quoi? C'est exactement ce que les parents désirent. Du temps pour que leurs enfants lisent, écrivent, fassent des dictées, des exercices et qu'ils apprennent par coeur des notions qui les aideront dans toutes les sphères de leur parcours. Nous sommes bien loin des multiples projets, bien qu'ils soient aussi très formateurs. Nous sommes aussi bien loin des espaces virtuels, bien que ceux-ci soient des déclencheurs fort intéressants s'ils sont utilisés à bon escient. C'est une question d'équilibre.

Bref, de quoi l'éducation a-t-elle réellement besoin? Évidemment, de bâtisses bien entretenues (!), de professeurs qualifiés dans des institutions universitaires hautement performantes, de soutien professionnel pour les élèves qui ont des besoins particuliers, mais surtout, l'éducation a besoin de temps. Pour l'instant, la cadence est si rapide que même les politiciens en oublient l'essentiel. Que nous promet-on dans un dossier de l'État si crucial? Rien. Que des mots et des concepts creux. Une langue de bois. Aucun feu sacré. Aucune flamme pour allumer l'étincelle du savoir. Dommage. Si au moins nous avions un tantinet d'intérêt pour les intellectuels de tous les horizons, tout comme pour les sportifs (si louables soient-ils). Si au moins les études étaient aussi valorisées que le sport, le Québec se porterait peut-être beaucoup mieux. Soyons réalistes, nous ne pouvons attendre des politiciens qu'ils se préoccupent davantage de l'éducation. Alors, quoi faire? Je cherche, je cherche… C'est pourquoi j'ai rédigé ce bref essai (si je peux appeler cela ainsi), pour trouver une voie, une solution à l'une de mes grandes préoccupations.

25 mars 2014

Tout est possible.


Pensée du jour en classe : Soyons réalistes, exigeons l'impossible. Au coeur de cette simple phrase de Che Guevara, nous pouvons montrer aux élèves que le verbe être à la première personne du pluriel, à l'impératif présent, exige un attribut du sujet au pluriel également. De plus, il est intéressant de leur faire voir que les verbes qui se terminent en -ger prennent un e avant le a ou le o...

Parallèlement, nous pouvons discuter de la portée philosophique de cette phrase. Emballée par mes envolées lyriques, tout récemment, j'ai mentionné aux élèves que Napoléon 1er aurait jadis proclamé une célèbre maxime :
« Impossible n'est pas français. »

Convaincu de me déjouer (ou de se jouer de moi), un élève a levé la main et m'a dit que Napoléon s'était sûrement trompé, car le mot impossible se trouvait bel et bien dans le dictionnaire. Il avait vérifié dans Le Petit Robert.

Le sens figuré ne sera jamais suffisamment enseigné. Qu'on se le dise. À prendre au pied de la lettre : les bons lecteurs forment les bons électeurs.

19 janvier 2014

Le jour du partage

Je partage avec vous des liens qui ont attiré mon attention cette semaine, des liens inspirants, des liens pédagogiques, des liens qui tissent des amitiés et des ponts entre nous, tout simplement.
Bon dimanche!


Un excellent, inspirant et émouvant documentaire sur la vie de Lise Payette, réalisé par sa petite-fille Flavie Payette-Renouf et Jean-Claude Lord. La biographie de cette grande dame est intimement liée à l'évolution sociale et politique du Québec : une leçon d'histoire de coeur à voir absolument! Ni à gauche ni à droite, mais un peu plus haut et un peu plus loin, rien de moins. Serait-ce le Québec d'aujourd'hui et de demain? C'est ma pensée personnelle de la semaine.

Nota bene : Je lis maintenant religieusement ses chroniques dans Le Devoir (tout comme celles de Josée Blanchette), et ce, tous les vendredis.

2) Une belle leçon de civilisation



Cette semaine, en classe, mes élèves ont écouté ce reportage afin de prendre conscience de l'impact de notre civilisation sur les tribus amazoniennes (merci Guylène). Les jeudis, nous pratiquons la communication orale sous toutes ses formes et j'ai décidé de diviser le cours en 4 parties : ACTION (écoute d'une chanson, d'un documentaire ou reportage), RÉACTION (la parole aux élèves pour réagir et partager leurs idées), RÉFLEXION (je pose une question et ils doivent organiser leur pensée), puis RÉDACTION (courte écriture dans un journal de bord d'une leçon pour laisser des traces de notre discussion). En passant, la dernière leçon de Stromae s'intitule Humain à l'eau, puis raconte le point de vue d'un Papou sur « l'homme blanc ». Leçon fort intéressante et fortement liée à ce reportage français.

3) Comment écrire un bon récit?


Je suis tombée par hasard sur le concours de Radio-Canada et j'ai pu découvrir de jeunes auteurs très talentueux. D'excellents récits de vie à lire, puis par ici des livres à surveiller en 2014, dont celui de Madame Chose. 


    Ma fille qui lit… tout en se brossant les dents! Instagram

En début d'année 2014, j'ai eu le bonheur de lire un de mes textes dans La Presse Plus qui explique pourquoi les réseaux sociaux et Internet me permettent de lire davantage. Le texte complet et non modifié s'intitule Idées livresques.

À VOIR, À LIRE ou RELIRE, À RÉFLÉCHIR : MA LISTE cette semaine

L'enfance volée dans la rue de Josée Blanchette
Poussières de vies, une exposition à la Tohu
Pique de Robert Lepage
Marie Tudor, Victor Hugo au TDP

7 octobre 2013

Des parents-rois ou des parents-dieux?

Dans le premier numéro de la toute nouvelle revue Véro, Julie Philippon et Danielle Verville évoquaient les arguments pour ou contre les parents-rois. Réflexion fort intéressante, le sujet me hante depuis quelque temps. Depuis plus de dix ans en enseignement, je n'avais jamais rencontré un vrai parent-roi. Or, force est de constater que depuis mon retour dans le fabuleux monde de l'éducation, après mon dernier congé de maternité, le phénomène des parents-rois ne cesse de prendre de l'ampleur. En voici des exemples. Faits vécus, promis.

1) Peu importe le moment de l'année scolaire, je ne parle même pas des congés de Noël, de la relâche ou de l'été, les parents achètent des forfaits pour partir en vacances avec leurs enfants. Parfois moins d'une semaine de préavis, les élèves nous annoncent leur départ et veulent avoir tout le travail à faire pendant leur absence. Évidemment, dès leur retour, nous devons leur faire reprendre les examens manqués, et ce, très souvent sur l'heure de notre dîner. Dans mon temps (ah! que je vieillis), manquer une seule journée du calendrier scolaire était un sacrilège, à moins d'être vraiment malade, mais encore...

L'école, pour plusieurs parents, c'est vraiment secondaire!

2) Durant un cours, un élève utilise un langage irrespectueux et ne respecte pas le droit de parole. J'envoie donc un avis aux parents pour un non-respect de consignes, ce qui compte pour 5 points (si un élève perd 6 points dans une semaine, il a une retenue le midi). Le jour même, je reçois un courriel du père m'expliquant que son fils aurait seulement dit un vilain mot à voix très basse... Il m'écrit que je suis beaucoup trop sévère avec une telle sanction! Pourtant, c'est ce même papa qui a signé, avec son enfant, les 4 règles d'or à suivre durant mon cours...

À peu près dans ses mots : « Je connais les règles strictes, car j'étais pensionnaire au très réputé collège XYZ. J'accepte un avis de 2 points, mais 5 points, aucunement... » Je lui réponds : « Eh bien! je connais également les règles strictes, car j'ai enseigné plusieurs années au très réputé collège XYZ. Sachez que le respect et l'honnêteté sont au coeur de ma démarche éducative, or peu importe le nombre de points associé au non-respect des consignes, l'important, c'est que vous soyez au courant de ce qui se passe en classe avec votre enfant... » Je confronte le jeune et celui-ci me confirme qu'il n'a pas dit la vérité à son père. Étrange, depuis mon dernier courriel, je n'ai pas eu de nouvelles du papa et le jeune garçon est dorénavant un élève plus que modèle!

Pourquoi payer pour une éducation privée et s'offusquer contre l'enseignant qui rend compte (par écrit ou par téléphone) du travail et/ou du comportement de son enfant?

3) Un élève ne fait pas son devoir, à savoir corriger et justifier les erreurs dans sa dictée. Après une semaine, il n'a absolument rien fait dans son cahier. J'envoie un avis à ses parents qui contient un 6 points (donc retenue) pour un travail non fait. La mère me répond que je suis injuste et sévère en début d'année. Elle m'écrit : «Madame, mon fils avait fait son possible.» Bravo, la prochaine fois, exigez de lui l'impossible s'il vous plaît!

4) Un autre élève ne fait toujours pas son devoir, en lecture cette fois-ci. « Madame, mon fils ne comprend pas vos consignes. Il a lu le texte, mais n'a pas répondu aux questions. Pourquoi ne pas lui avoir donné un billet pour un travail incomplet? En passant, pourriez-vous écrire les devoirs au tableau? » Le coeur sur le bord des nerds, je réponds : « Madame, non seulement j'écris les devoirs et les études au tableau, mais je les explique et les répète quotidiennement en faisant des rappels, puis je les recopie même dans un agenda sur mon bureau. Définivement, puisque votre fils est dans la dernière rangée, je crois que je le changerai de place afin qu'il comprenne davantage... » Faudrait-il aussi que je tienne son crayon?

Les parents-rois se prennent pour des dieux, car ils savent tout et mieux que nous. Leur omniscience est omniprésente. J'ai même reçu un courriel d'une mère qui trouvait des fautes dans le cahier de grammaire L'Express. Si au moins elle avait raison, la pauvre! En fait, même si effectivement une erreur s'était glissée dans un cahier, ce qui fort possible (et inévitable), est-ce vraiment nécessaire de le mentionner au professeur? Oui, peut-être, mais tout dépend de la manière dont le commentaire est rédigé. Les bonnes manières, de toute façon, sont des espèces rares en voie de disparition. À titre d'exemple, écrire un courriel commence toujours par des salutations, vouvoiement compris! Parents et profs ne sont pas des amis, quoique les réseaux sociaux tentent de nous faire croire qu'il existe peu de frontières dans nos rapports.

Rois ou dieux, ces chers parents, si au moins ils avaient de la classe et un tantinet de gratitude, le corps professoral s'en porterait beaucoup mieux!

2 septembre 2013

Lettre à des parents

Si vous étiez un parent, accepteriez-vous d'écrire une lettre à votre enfant dans le cadre du cours de français en 1re secondaire? Auriez-vous des idées et des suggestions à me donner pour l'ajout, la suppression, bref, pour la modification de ce texte? Merci à l'avance, très chers lecteurs (et collaborateurs).

***

Le 3 septembre 2013

Chers parents,

D'abord et avant tout, nous tenons à vous souhaiter une belle et enrichissante année scolaire 2013-2014 au Collège H. Votre enfant entame ses études secondaires et c'est avec enthousiasme que nous le guiderons afin qu'il acquière les connaissances liées à la maîtrise de la langue française et qu'il développe les trois compétences du programme de formation : lire et apprécier des textes variés, écrire des textes variés, puis communiquer oralement selon des modalités variées. Pour ce faire, différentes lectures, leçons et activités composeront notre quotidien, et ce, avec un thème lié au voyage : Mon odyssée en première secondaire.

Ainsi, pour créer des liens qui donneront du sens aux apprentissages, nous vous proposons d'écrire une lettre à votre enfant. À cet effet, dans un premier temps, nous apprécierions que vous lui fassiez part de ce vous aimez chez lui (ses forces et ses qualités), puis d'un souvenir de vacances ou d'enfance. Ensuite, parlez-lui de l'importance que revêt pour vous son passage au Collège H., l'aide et le temps que vous lui accorderez pour réussir ses études, puis des rêves et des projets que vous envisagez pour lui.

En peu ou beaucoup de mots, comme vous le choisirez, vous toucherez le coeur de votre enfant. Par le fait même, notre objectif est d'augmenter sa motivation et sa confiance en lui. Pendant un cours de français, nous lui remettrons son journal d'écriture qui contiendra votre lettre, laquelle devra nous être envoyée via le Pluriportail avant le 20 septembre 2013.

Enfin, sachez que votre aide est précieuse, tant pour nous que pour votre enfant. Nous vous remercions à l'avance du temps que vous prendrez pour lui rédiger une lettre. 

Veuillez recevoir nos plus cordiales salutations,

Mesdames IB & IF,
Enseignantes de français

***

Nota bene : Les récupérations auront lieu tous les jours 3 et 9, de 13 h 15 à 13 h 45.  Le CAF (Centre d'Aide en Français) sera ouvert les jours 6 et 10, et ce, sur l'heure du dîner.

Liste des oeuvres littéraires de l'année 2013-2014 :

1) Rouge Poison de Michèle Marineau
2) Jeanne, fille du Roy de Suzanne Martel
3) Le Tour du monde en 80 jours de Jules Verne
4) L'Affaire Caïus d'Henry Winterfeld
5) Tintin et le secret de la licorne
6) L'Odyssée d'Homère
7) Le comte de Monte Cristo d'Alexandre Dumas (oeuvre facultative)

21 août 2013

Mon petit (dis)cours sur la rentrée

Demain, les vacances estivales seront bel et bien terminées. Ainsi, la rentrée 2013-2014 prendra son envol. Pour moi, ce ne sera pas un début d'année scolaire comme les autres. Pas un nouveau Collège pour relever d'autres défis comme je l'ai déjà fait, pas un congé de maternité pour un quatrième bébé ni un congé sans solde pour être à la maison, non, mais bien pas d'enseignement à temps plein du français. Oui, c'est bien cela, ce sera une rentrée à t...e...m...p...s p...a...r...t...i...e...l afin de consacrer mes énergies, surtout, à mes enfants.

Le bonheur et la peur, en ce moment, se livrent une chaude bataille. Ainsi donc, est-ce que je réussirai à prendre du t...e...m...p...s non seulement professionnel, familial et social, mais surtout, du t...e...m...p...s personnel, comme je le souhaite. Lire, écrire, cuisiner, décorer, bricoler, peindre, philosopher, photographier, bref, créer tout ce que mon esprit dessine, serait-ce possible, une fois pour toutes? Cesser de rêver ma vie et commencer à vivre mes rêves. Pour vrai, est-ce que je pourrai m'accorder du temps de qualité auquel j'ai droit, que je mérite (un peu)? La peur fera-t-elle place à la véritable foi en ce que je crois? Je ne le sais pas, mais pour une des rares fois de ma vie, j'ai confiance en cette toute petite chance qui se présente, une toute petite faille dans mon existence qui fera pencher la balance du bon côté : celui de l'équilibre.

Je vous souhaite, en cette rentrée, la force et le courage de prendre le temps pour toutes les petites et grandes choses auxquelles vous rêvez secrètement. Trouvez ce temps, acceptez-le, ne le laissez surtout pas fuir, arrachez-le partout où vous le pouvez et attachez-le solidement, car il vous appartient. Vous avez le temps de réaliser ce que vous coeur murmure. Écoutez et vous accomplirez de grandes réalisations.

« Ce n'est pas que nous disposions de très peu de temps, c'est plutôt que nous en perdons beaucoup. La vie est suffisamment longue et elle nous a été accordée avec une générosité qui nous permet d'accomplir de très grandes choses... Ainsi en est-il : la vie qui nous échoit n'est pas brève, nous la rendons brève; elle nous fait pas défaut, nous la gaspillons. Quand d'abondantes ressources princières tombent entre de mauvaises mains, elles fondent en un rien de temps, mais même modestes, quand elles sont confiées à un bon dépositaire, elles fructifient avec le temps : de même notre vie s'étend amplemement pour qui sait en disposer. »
Sénèque

Bonne et heureuse rentrée!

Les résolutions d'Isabelle afin de garder les deux pieds sur Terre en cette rentrée scolaire : j'adore!

20 mars 2013

Journée internationale de la Francophonie


Phrase du jour avec mes élèves :

Aujourd'hui, c'est la Journée internationale de la Francophonie, durant la semaine de la langue française : célébrons ensemble et rappelons-nous que le français est une chance inouïe de mieux exprimer nos sentiments, mieux articuler notre pensée et mieux s'engager socialement.

Depuis quelque temps, en classe, afin d'améliorer la qualité de la langue écrite de mes élèves, je leur dicte des phrases du jour liées à l'actualité. Après une première lecture, un élève rédige ladite phrase au tableau et nous la corrigeons ensemble. Tous les accords doivent être clairement justifiés. Je donne toutes les explications et toutes les bonnes réponses. Toutes, sans exception. Eh bien! croyez-le ou non, environ 1/3 des élèves ne sont pas en mesure de se corriger correctement. Ainsi, ils ont 2/2 si la phrase est parfaite, puis 0 s'ils ont fait une erreur ou plus. 

En plus de dix ans d'enseignement, j'ai toujours pensé qu'un tel exercice serait banal et inutile, voire trop facile. Des points donnés, non? Comment attribuer ces multiples échecs? Un manque d'attention et de concentration? Une mauvaise écoute? Une mauvaise vision? Une « orthographie » déficiente? Tout cela à la fois, sûrement.

Je vous avoue que je suis découragée de constater l'ampleur de la tâche d'un professeur de français. Sur toutes les tribunes, on parle de l'affichage en anglais des entreprises, des services de moins en moins offerts en français, etc., mais quand parle-t-on vraiment de la maîtrise de la langue maternelle des Québécois(e)s? C'est toute notre culture qui est en jeu, bien davantage, par exemple, que le nom d'un café, Le Caffè in Gamba (le meilleur, le nec plus ultra à Montréal, soit dit en passant).

***

3 mars 2013

À tous les profs, bonne et heureuse relâche!


Indicatif présent du verbe relâcher :

Je relâche
Tu relâches
Il relâche
Nous relâchons
Vous relâchez
Ils relâchent

19 février 2013

Google célèbre les 540 ans de la naissance de Nicolas Copernic



Je me lève, ce matin, en me disant que je dois commencer la troisième étape de l'année scolaire du bon pied, et ce, en donnant une dictée à mes élèves. Je fouille dans mes bouquins, les yeux mi-clos encore dans les brumes de Morphée, en espérant trouver une perle littéraire. Rien ne m'allume. En ouvrant Internet, soit je navigue sur Facebook, Blogger, La Presse ou Google. Aux aurores de ce mardi 19 février, j'ouvre machinalement Google. Attirée par l'image des planètes et du Soleil, je m'imagine qu'en ce jour, c'est un alignement quelconque de planètes que nous célébrons. Eh non! c'est plutôt le 540e anniversaire de Nicolas Copernic, celui qui a développé et défendu la théorie de l'héliocentrisme. Vous imaginez le courage et la force de cet homme qui, malgré tourments et préjugés, a voulu démontrer que non seulement la Terre tournait sur elle-même, mais qu'elle n'était pas le centre de l'univers comme on le croyait? Fascinante histoire d'un personnage célèbre. C'était assez pour me convaincre d'en faire le sujet de ma dictée du jour. Joindre le plaisir aux connaissances, c'est ma petite révolution quotidienne!


Dictée du jour (source : Wikipedia)

Nicolas Copernic est né le 19 février 1473 et mort le 24 mai 1543 au Royaume de Pologne. Il était un chanoine, un médecin et un astronome de langue allemande. Il est célèbre pour avoir développé et défendu la théorie selon laquelle le Soleil se trouve au centre de l'Univers (héliocentrisme). La Terre, que l'on croyait auparavant centrale et immobile, tourne autour de lui. Les conséquences de cette théorie sont baptisées la révolution copernicienne.


17 février 2013

La joie guérit


Oui, les mots ont une vie. Il nous suffit de leur donner ce pouvoir infini.

En guise de petit billet (mes notes de fin d'étape ainsi que ma planification doivent être remises demain), je partage ce texte d'un de mes (meilleurs) élèves, La joie guérit. De tels mots pansent quelques maux, de tels mots me font du bien. Rien de mieux que de revisiter nos résolutions pour 2013!

Bon dimanche!
Sympathique vôtre,
Isabelle

4 février 2013

Bonne semaine des enseignants!

C'est lundi matin. La routine reprend forme que je le veuille ou non, et ce, après plusieurs jours de congé forcé en raison d'une grippe intestinale... familiale! Depuis quelques jours, le même leitmotiv me revient à l'esprit : ne pas perdre le contrôle. Depuis trop longtemps, j'avais perdu le contrôle sur de petites tâches, ce qui m'affectait beaucoup plus que je ne le croyais de prime abord. Ainsi donc, ce matin, tous les lits sont faits, la vaisselle rangée, les traîneries bien cachées (!), la papeterie un tantinet mieux organisée, etc. Je pars le coeur et l'esprit un peu plus légers qu'à l'habitude. Mon agenda de prof contient ici et là des notes des élèves à qui je dois parler, ceux que je dois rencontrer, les parents à qui je dois retourner des courriels, le contenu du centre d'aide en français le midi, etc. Hélas, il contient également tout ce qui aurait dû être terminé, mais qui ne l'est pas. La liste est longue. 

Premier cours, je présente le sujet de la deuxième communication orale, à savoir une justification grammaticale. Je dis aux élèves qu'ils devront, le temps de quelques minutes, « jouer » au professeur. Je leur parle de l'importance de maîtriser leur sujet afin que tous comprennent les règles de grammaire qu'ils enseigneront. Après mes explications, je ne sais par quel chemin, mais les élèves me racontent des moments de leur parcours où des remplaçants, des stagiaires ou même des profs ne connaissaient pas trop leur sujet. Et puis, en toute simplicité, je leur parle de mes propres expériences... Je plonge dans quelques souvenirs. 

Je pense entre autres à mon premier stage dans une école publique durant lequel je suis sortie d'un cours en pleurant, me disant que je ne serais jamais une enseignante. Avec ma candeur et mon enthousiasme, je parlais de poésie avec des ailes dans le dos, mais les élèves n'en avaient rien à cirer, surtout qu'ils arrivaient à mes cours complètement... gelés. Je me rappelle de cette jeune fille de troisième secondaire, les yeux rougis par je ne sais quelle substance illicite, m'écoutant attentivement déclamer un poème de Victor Hugo, puis s'exclamant, à la toute fin : « Yo man, j'comprends full, c'est trippant! » J'avais réussi un bon coup. Je pense à mes autres stages, à mes premières années d'enseignement, à toutes les fois où je pensais qu'aider mes élèves, cela signifiait être leur « amie ». Je pense à toutes les fois où j'ai discuté de tout et de rien, toutes les fois où le programme était mis de côté pour mieux parler d'éducation, de valeur et d'autres sujets d'actualité. Beaucoup de succès, autant de ratés. 

Je pense à tous les bons et mauvais coups, mais surtout, je pense à ce foutu métier d'enseignant qui exige une persévérance hors du commun pour passer au travers vents et marées des programmes, des réformes, des drames entre collègues, des vagues à l'âme et difficultés d'apprentissage des élèves, des états d'âme et demandes des parents, puis j'en passe. Encore plus aujourd'hui, enseigner exige que nous adoptions une position certes d'autorité, mais également d'égalité, ce qui peut paraître paradoxal, mais fondamental. Car le savoir n'est plus détenu par les enseignants, il est partout quand on ouvre un livre, une télévision ou un ordinateur. Il est là et, plus que jamais, nous avons pour mission de donner aux jeunes des outils et des stratégies pour bien fonctionner dans cette mer d'informations.

***

Pendant un court instant, ce matin, devant mes 36 élèves, je prends conscience du chemin parcouru depuis toutes ces années. Un instant, je savoure une petite victoire toute personnelle d'avoir survécu à mille et une embûches, mais d'être encore là, pour le meilleur et pour le pire. Avec tout ce que l'on entend, par les temps qui courent, dans le monde de l'éducation, pardonnez-moi l'expression, mais violemment ébranlé par des fous furieux, il y a de quoi se remettre à question. Quand la folie tue des êtres en devenir, des chenilles qui seront papillons, des apprenants innocents, cela me choque profondément. Que des pédagogues et des passeurs y passent également, dans le flot des tueries, cela me remue tout autant. 

***


Mon moment marquant du jour est sans contredit celui d'avoir pris le temps d'aider un élève en difficulté. Prendre le temps de lui poser des questions grammaticales et d'attendre les bonnes réponses. Prendre le temps de défaire ses mauvais automatismes. Prendre le temps de le voir sourire et reprendre tout doucement confiance. Accepter qu'il m'aide en retour sur un autre plan. Être (agréablement) surprise qu'il me demande de faire plus de français et d'assister à mon cours avec le groupe enrichi. Un enfant heureux apprend mieux, c'est tellement vrai! Ah oui! j'allais oublier un autre beau moment jour, c'est-à-dire celui de savourer des petits coeurs en chocolat, une bonne galette et un café offerts par le meilleur des directeurs! 

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De retour à la maison, ma fille de 6 ans écrit une carte à son enseignante pour lui dire qu'elle l'aime, puis qu'elle aime aller à l'école parce qu'elle a le meilleur professeur. Ça aussi, ça me touche profondément, car l'humanité bienveillante est plus nombreuse et plus puissante que ceux qui essaient de nous faire croire que le monde est en perdition. Avec les petites douceurs que ma fille donnera demain, des petits gâteaux et des coeurs, j'ose croire qu'elle apportera une petite lueur de bonheur à celle qui lui donne le goût d'apprendre et par le fait même, le goût de (mieux) vivre...


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Pour les profs seulement : une feuille de consignes au cas où cela vous inspirerait...


Votre travail consiste à justifier l’accord d’un mot et d’une fonction dans l’extrait d’une œuvre littéraire. Ainsi, vous devez utiliser tous les outils d’analyse grammaticale que vous avez appris. Par exemple, il est indispensable que vous ayez recours aux classes (et groupes) de mots, aux fonctions ainsi qu’aux manipulations syntaxiques. De plus, vous devez bien maîtriser les règles de grammaire. Bref, votre tâche est de présenter une solution de problème, une justification qui explique clairement l’accord d’un mot (adjectif, participe passé ou verbe seulement) et une fonction (sujet, attribut du sujet, complément direct du verbe, complément indirect du verbe ou complément de phrase). La durée de l’exposé est d’environ 3 minutes. Nota bene : Durant la présentation, l’enseignante posera des questions pour éclaircir la justification au besoin.

Critères d’évaluation :

1. Présentation de la phrase dans un document Point Puissant (sur une clé USB) pour faciliter la communication en classe. Le titre et l’auteur de l’œuvre littéraire sont mentionnés.
2. Clarté de la justification
3. Utilisation des outils propres à l’analyse grammaticale
4. Qualité de la langue et prosodie


Exemple :

Le premier soir, je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toutes les terres habitées. J'étais plus isolé qu'un naufragé sur un radeau au milieu de l'océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m'a réveillé. Elle disait :
- S'il te plaît... dessine-moi un mouton!
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

D’abord, le premier soir est un groupe nominal (dont le noyau est soir) qui joue la fonction de complément de phrase. En effet, ce groupe peut être supprimé de la phrase ou encore déplacé sans que le sens en soit changé. De plus, la phrase peut être dédoublée ainsi : « Je me suis endormi sur le sable à mille milles de toutes les terres habitées et cela s’est passé le premier soir. ». Enfin, mentionnons que ce Gcp apporte une information supplémentaire liée au temps.

Ensuite, le mot habitées est un participe passé employé seul. À cet effet, il agit comme un adjectif, c’est-à-dire qu’il s’accorde en genre et en nombre avec le nom avec lequel il est en relation. Dans ce cas, il s’accorde avec le nom terres, qui est féminin pluriel.


Autre exemple :

« J’étais comme un prisonnier, mais hanté de rêves de mer, d’étranges îles et d’aventures. Je restais des heures à méditer sur la carte, dont tous les détails étaient fixés dans ma mémoire. Assis près du feu, dans la chambre de l’intendant, en imagination j’abordais cette île par tous les côtés possibles. J’explorais chaque pouce de sa surface, j’escaladais à mille reprises cette haute colline qu’ils appelaient la Longue-Vue et, une fois au sommet, je contemplais les paysages les plus divers et les plus merveilleux. »

Robert Louis Stevenson, L’Île au trésor

Premièrement, dans la première phrase, mentionnons que l’on retrouve une figure de style, la comparaison, qui compare le narrateur (Jim Hawkins) à un prisonnier, ce qui crée une image frappante. Ensuite, le mot hanté est un verbe au participe passé. Ne vous méprenez pas, il n’est pas seul, mais bien employé avec l’auxiliaire être. Il s’accorde donc avec son sujet, j’, qui remplace le jeune Jim, donc masculin singulier.

Deuxièmement, le GN les paysages les plus divers et les plus merveilleux, dont le noyau est le nom paysages, fait partie d’une phrase juxtaposée. Ainsi, le verbe conjugué est contemplais, car on peut l’encadrer par ne… pas. De plus, le sujet est le pronom je, car on peut l’encadrer par c’est moi qui. Enfin, le GN peut être remplacé par cela ou quelque chose. Mentionnons également que l’on peut poser la question quoi? après le verbe. En conclusion, ce GN joue la fonction de CD du verbe contemplais.

Nota bene : L’emploi judicieux des organisateurs textuels facilite la compréhension de votre explication.