3 janvier 2020

Écrire « sans entraves »

Depuis plusieurs jours s'enchaînent les textes et les chroniques au sujet d'un livre paru en France hier, Le consentement (éditions Grasset). L'écrivain Gabriel Matzneff a longtemps décrit ses relations sexuelles dans ses romans. Or, après plus de 30 ans, l'éditrice Vanessa Springora, victime de cet homme devenu octogénaire, décide de « prendre le chasseur à son piège, soit de l'enfermer dans un livre ». La vengeance est parfois un plat qui se couche sur papier. Et la tempête médiatique fait rage en ce moment, avec raison. 

Mais voilà que je lis ce matin le texte de Christian Rioux dans Le Devoir, « Jouir sans entraves ». Écrire sans entraves, voilà bien le drame de ce chroniqueur. Il rappelle au lecteur qu'en 1977, plusieurs personnalités publiques (dont Roland Barthes, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir) ont signé une pétition défendant les relations sexuelles entre les enfants et les adultes. « Interdit d'interdire », proclamait-on haut et fort, car toute forme d'autorité morale devait être bannie à l'époque. Là où la chronique dérape, à mon avis, c'est bien ici : « Dans ce contexte, la sexualité adolescente était jugée par essence libératrice et la famille, perçue comme l’institution oppressive par excellence. C’est alors que le privé est devenu politique et que la transgression (surtout sexuelle) est pratiquement apparue comme un impératif politique. Impératif qui subsiste d’ailleurs jusqu’à nos jours, comme le démontrent nombre de nos débats sur le « genre » et le radicalisme de certains militants LGBT. Or, comme chaque fois que l’on repousse toutes les limites et que l’on fait sauter tous les « tabous », ce sont les plus vulnérables qui paient les pots cassés. En l’occurrence, ici, les plus jeunes. » Le genre sexuel est encore perçu comme une « transgression », hélas. Le débat n'est politique qu'à partir du moment où des individus n'acceptent pas, ne tolèrent pas des personnes jugées différentes, considérées comme inacceptables. Tout devient politique quand les sphères privées ne sont pas respectées dans l'espace public. Or, le radicalisme ne se fait jamais sans heurts; il vise à long terme l'acceptation de tous et chacun, afin que nous puissions mieux vivre ensemble.

Christian Rioux renchérit : « Cependant, depuis les années 1970, ces limites n’ont cessé d’être repoussées. En cette époque où la parole des ados est devenue sacrée, comme l’illustre la personnalité de l’année Greta Thunberg, il est de bon ton de se pâmer devant tous les désirs adolescents sans exception. Car il faudrait ajouter qu’à la destruction de l’autorité familiale a correspondu celle tout aussi dramatique de l’école. Après avoir « joui sans entraves », on a cru à tort qu’il était aussi possible d’« éduquer sans entraves ». Tels furent les mots d’ordre d’une époque dont nous sommes encore très loin d’être sortis. » Mais comment établir un lien causal avec notre époque, celle où des millions de citoyens et de citoyennes à travers le monde s'engagent pour l'avenir de notre planète? Cette mobilisation planétaire ne peut être simplement réduite à la figure de Greta Thunberg, à sa parole dite « sacrée ». Christian Rioux associe ce phénomène à une perte de l'autorité familiale, puis de celle de l'école. Comme si les adultes avaient perdu leurs privilèges d'être les seuls garants de l'ordre moral, comme si les enfants et les adolescents étaient au-dessus de tout. Non, mais notre devoir est de les écouter, de les entendre, de les protéger surtout... La famille et l'école jouent encore ce rôle, et peut-être mieux que toutes les époques précédentes. Certes, beaucoup de chemin reste à faire, mais nous avançons. Le bon sens mène la plupart de nos actions; nous trébuchons, mais nous nous relevons et aspirons à un monde meilleur.

Bref, je crois donc que Vanessa Springora devenue adulte doit être entendue, que les violences faites à son enfance sont profondes et durables, que ledit « consentement » est un leurre, que le corps d'un enfant, peu importe les revendications morales, est intouchable et inviolable. Que son livre ait été écrit plus de 30 ans après les actes répréhensibles importe peu; ce qui compte, c'est que justice soit rendue et que Gabriel Matzneff en paie le prix. La morale sans entraves ni interdictions n'existe pas, et n'existera jamais. 

1 janvier 2020

Bonne et heureuse année 2020!

Ce matin, 2020. Premier mot en ouvrant un bouquin de Philippe Delerm, Les mots que j'aime, je lis « allégresse ». Ce n'est pourtant pas le mot qui me serait venu à l'esprit spontanément, moi qui peine encore à marcher avec une cheville foulée depuis trop longtemps. Je voudrais bien gambader avec allégresse dans ma maison (ou dans les bois), mais très lentement mes pas se font. Je suis revenue dans l'antre de mes Chroniques Sympathiques, car ma mère m'a envoyé le lien d'une lettre que j'avais écrite à ma grand-mère, il y a déjà sept ans. Les larmes ont coulé tout doucement en lisant mes mots, tout comme en regardant défiler des photos de mes enfants en 2013.

Je ne me souvenais plus du tout de mon mot de passe pour ce blogue, mais je ne sais pas quel hasard, tout m'est revenu et me voici à écrire ces quelques mots.

Je vous souhaite une année, voire une décennie à vivre de rares mais intenses moments d'allégresse et de joie intenses. Ils sont si rares, mais lorsqu'ils passent, savourons-les, en espérant qu'ils reviendront. 

Isabelle

L'allégresse, qui vous pénètre et qui ne vous appartient pas, c'est comme l'inspiration.

« Ça ne jaillit pas vers les hauteurs oxygénées, comme la joie. Ça n'interroge pas le cours de la vie, comme le bonheur. Mais c'est un joli mot, qui déploie le corps et l'esprit dans un assentiment au monde. On n'attend rien de plus, simplement de goûter comme jamais la fraîcheur du petit matin. À bicyclette, c'est bien pour ça, quand la ville dort encore, le pédalage peut traduire cette rondeur inattendue, parfait. Des pas de danse dans la tête, on n'a aucune raison de faire la fête, et c'est ça, l'allégresse. S'étonner d'être bien, et puis s'abandonner. On a des ailes, et quand même ça dure un peu dans le presque grave, avant de se dissoudre sans regret. Ça vous tombe dessus puis ça s'en va, ça reviendra par hasard sans qu'on sache pourquoi. 
C'est un des rares sentiments qui ne génère aucune angoisse, aucun désir de possession, aucun regret. Ça vous pénètre et ça ne vous appartient pas. Un mélange de sensations? Mais non, c'est beaucoup plus profond que ça, et plus insaisissable. On n'aura pas la clé. Il faut se laisser faire. »

Philippe Delerm, Éditions Points, octobre 2013, p.53.






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23 septembre 2017

Gâteau aux pommes à la mode finlandaise

Voici une recette simple pour le petit-déjeuner, ça vous dit?
1. Déposer 2 tasses de pommes pelées, tranchées finement, dans un plat allant au four, avec un peu de beurre fondu. Cuire 5 minutes (425° F).
2. Pendant ce temps, battre ensemble 3 oeufs, 1/2 tasse de lait, 1/3 tasse de farine, 1/4 c. à thé de poudre à pâte et une pincée de sel.

3. Verser le mélange sur les pommes cuites, puis saupoudrer de cannelle et de sucre (au goût).
4. Cuire au four environ 20 minutes, jusqu'à ce que le gâteau soit doré. Le servir rapidement, accompagné bien sûr d'un soupçon de sirop d'érable. Avec quelques fruits frais, le tout sera exquis! 
Voilà!

6 septembre 2017

Une bonne claque serait également nécessaire à tous ceux qui proclament haut et fort
qu'il est maintenant possible de dire et d'écrire « des chevals »!
N'hésitez pas à frapper fort pour repousser les limites de l'ignorance...


7 août 2017

Lecture estivale



Les vacances sont entamées depuis quelque temps. Les livres s’accumulent un peu partout chez moi et il me tarde de plonger au cœur de leurs intrigues. Pourtant, aucun d’eux ne réussit à soutenir mon attention, hormis les Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar et quelques romans jeunesse. Trop sérieux ou trop légers, j’ai besoin de romans qui respirent la nouveauté, l’exclusivité. C’est ainsi que je commence un roman italien commandé il y a deux mois par ma librairie préférée, Le Fureteur. Outre les recommandations de mes amis lecteurs, je me laisse parfois inspirée par les suggestions des Instabookeurs français. C’est donc sur le bord d’une rivière du Saguenay que j’entame le premier roman de Donatella Rizzati, diplômée en langue et littérature étrangère. Une bande rouge orne le livre pour nous indiquer (non sans subtilité) qu’il s’agit du roman feel good de l’été. J’abhorre ce terme anglais, qui signifie que l’œuvre possède le don de nous insuffler une bonne dose de bonheur, puis le sentiment d’influencer positivement le cours de notre existence. Pourtant, c’est bel et bien un roman qui vous fait éprouver un réel sentiment de bien-être, qui vous aspire et qui vous inspire.


Ainsi, Donatella Rizzati tisse habitement des liens affectifs entre plusieurs personnages, dont principalement Viola, Michel, Gisèle, Romain et Camille. À travers les thèmes de l’amour, de l’amitié, du deuil et de la connaissance de soi, l’auteure intègre avec parcimonie des connaissances de naturothérapie. De nombreuses recettes parsèment le livre. À cet effet, la protagoniste, Viola Consalvi, une jeune Italienne dont le caractère fougueux lui permettra d’aller au bout de son rêve et d’elle-même, incarnera d’abord la profonde dichotomie entre la médecine traditionnelle (personnifiée par son père) et la médecine alternative (qu’elle pratique à Paris de concert avec Gisèle dans une herboristerie ancestrale après ses études), mais ensuite sa réconciliation dans un rééquilibre des forces. Sa fulgurante rencontre avec Romain, un passionné de littérature et d’aventure, barman d’un joli bistro parisien, mec qui fait tourner les têtes, lui permettra de renouer avec une partie de son passé, celui qui se conjuguait avec son mari, décédé d’une maladie dont on ne sait point le nom. Bref, un roman dont la fluidité vous propulsera dans les quartiers de Paris et ceux de Rome, mais surtout dans les méandres et les labyrinthes intérieurs de personnages des plus attachants et des plus charmants. Bien que l’amour demeure bien présent dans ce livre, aucune eau de rose ni fleur bleue ne viennent éclabousser notre plaisir de lecture. Au contraire, à petites doses, nous sommes titillés page après page et revigorés par tant de fraîcheur. À lire délicatement avec une infusion à la main, question de mieux distiller notre bonheur.

5 février 2017

Danser au bord de l'abîme


Une femme de 40 ans, mariée, trois enfants, en quête d'absolu. Je m'y suis totalement reconnue, dansant au bord de l'abîme. 

« Lire est un acte de liberté. Dans le silence, dans la solitude, nous allons librement à la rencontre d'une autre pensée, d'un autre regard sur le monde. À travers les personnages de fiction, nous découvrons d'autres expériences, d'autres temps, d'autres manières d'être que les nôtres et la complexité de la condition humaine est offerte à notre intelligence, à notre sensibilité, à notre jugement. »
Bernard Émond. Camarade, ferme ton poste.