31 mars 2014

Un bref essai

Lors de mes études universitaires, puis durant mes premières années d'enseignement, la pédagogie par projets enflammait tous les esprits plongés dans la « nouvelle » pédagogie. « Dorénavant, affirmait-on, l'élève sera au coeur des apprentissages. » Quoi? Où était-il donc, avant la Réforme, s'il n'était pas au centre du savoir? En quoi les fameux et miraculeux projets allaient-ils davantage insuffler la motivation et le goût d'apprendre des jeunes? J'y ai cru, longtemps. 

À une certaine époque (pas si lointaine), l'institution au sein de laquelle je travaillais a choisi d'enlever l'enseignement du latin de la grille des matières. La langue latine et son histoire, c'était ma passion et mon idéal pour que les élèves maîtrisent mieux le français. Pour les dirigeants pédagogiques, il devenait de moins en moins vendeur de dire aux parents que l'on récitait des déclinaisons et des conjugaisons que si on organisait un projet intégrateur visant l'interdisciplinarité. En choisissant de poursuivre non seulement un enseignement du français, mais également du latin, je devais choisir un Collège qui avait pour mission première de transmettre un legs linguistique aux élèves. Je l'avais trouvé. C'était dans une autre vie.

Une autre Réforme a chamboulé le monde de l'éducation, que dis-je? Une Révolution. Dorénavant, les projets, c'était bien, mais les projets technologiques, c'était beaucoup mieux. La belle affaire! Il va de soi qu'Internet est un incontournable. L'ordinateur est l'outil par excellence pour communiquer. L'école n'échappe pas à ce tournant décisif. Encore une fois, les penseurs et pédagogues en vogue sont convaincus que grâce aux technologies de l'information et de la communication, les élèves seront plus motivés, plus engagés, donc moins susceptibles de décrocher du système scolaire. Est-ce si vrai, au fond? Je me pose la question. La pression est forte pour que nous, les enseignants, laissions entrer tous les gadgets dans nos classes afin que nos méthodes plaisent davantage aux élèves. De plus, ceux qui éprouvent des difficultés d'apprentissage ont maintenant droit d'utiliser différents outils qui pallient leurs lacunes langagières. Soit, mais est-ce suffisant? Que faudrait-il de plus pour que l'éducation soit la pierre angulaire de tous nos efforts collectifs?

Du temps. Du temps pour lire et pour comprendre. Du temps pour écrire et se corriger. Du temps pour se poser les bonnes questions. Du temps pour être le propre antidote de son apprentissage du français. Du temps à l'extérieur de la salle de classe pour expliquer les règles nécessaires à la maîtrise de la langue de Molière. Du temps pour que les professeurs lisent et corrigent fréquemment les textes de leurs élèves. Du temps pour leur expliquer leurs forces, leurs faiblesses, leurs défis et leurs objectifs. Du temps pour qu'ils puissent voir les catégories d'erreurs qui se répètent. Du temps pour leur enseigner les bases de la grammaire. Du temps pour apprendre par coeur, entre autres, les terminaisons des verbes. Par coeur, vous dites? Mais vous êtes complètement dépassée? Des dictées, en plus? Mais quelle perte de temps! Eh bien! Vous savez quoi? C'est exactement ce que les parents désirent. Du temps pour que leurs enfants lisent, écrivent, fassent des dictées, des exercices et qu'ils apprennent par coeur des notions qui les aideront dans toutes les sphères de leur parcours. Nous sommes bien loin des multiples projets, bien qu'ils soient aussi très formateurs. Nous sommes aussi bien loin des espaces virtuels, bien que ceux-ci soient des déclencheurs fort intéressants s'ils sont utilisés à bon escient. C'est une question d'équilibre.

Bref, de quoi l'éducation a-t-elle réellement besoin? Évidemment, de bâtisses bien entretenues (!), de professeurs qualifiés dans des institutions universitaires hautement performantes, de soutien professionnel pour les élèves qui ont des besoins particuliers, mais surtout, l'éducation a besoin de temps. Pour l'instant, la cadence est si rapide que même les politiciens en oublient l'essentiel. Que nous promet-on dans un dossier de l'État si crucial? Rien. Que des mots et des concepts creux. Une langue de bois. Aucun feu sacré. Aucune flamme pour allumer l'étincelle du savoir. Dommage. Si au moins nous avions un tantinet d'intérêt pour les intellectuels de tous les horizons, tout comme pour les sportifs (si louables soient-ils). Si au moins les études étaient aussi valorisées que le sport, le Québec se porterait peut-être beaucoup mieux. Soyons réalistes, nous ne pouvons attendre des politiciens qu'ils se préoccupent davantage de l'éducation. Alors, quoi faire? Je cherche, je cherche… C'est pourquoi j'ai rédigé ce bref essai (si je peux appeler cela ainsi), pour trouver une voie, une solution à l'une de mes grandes préoccupations.