7 octobre 2013

Des parents-rois ou des parents-dieux?

Dans le premier numéro de la toute nouvelle revue Véro, Julie Philippon et Danielle Verville évoquaient les arguments pour ou contre les parents-rois. Réflexion fort intéressante, le sujet me hante depuis quelque temps. Depuis plus de dix ans en enseignement, je n'avais jamais rencontré un vrai parent-roi. Or, force est de constater que depuis mon retour dans le fabuleux monde de l'éducation, après mon dernier congé de maternité, le phénomène des parents-rois ne cesse de prendre de l'ampleur. En voici des exemples. Faits vécus, promis.

1) Peu importe le moment de l'année scolaire, je ne parle même pas des congés de Noël, de la relâche ou de l'été, les parents achètent des forfaits pour partir en vacances avec leurs enfants. Parfois moins d'une semaine de préavis, les élèves nous annoncent leur départ et veulent avoir tout le travail à faire pendant leur absence. Évidemment, dès leur retour, nous devons leur faire reprendre les examens manqués, et ce, très souvent sur l'heure de notre dîner. Dans mon temps (ah! que je vieillis), manquer une seule journée du calendrier scolaire était un sacrilège, à moins d'être vraiment malade, mais encore...

L'école, pour plusieurs parents, c'est vraiment secondaire!

2) Durant un cours, un élève utilise un langage irrespectueux et ne respecte pas le droit de parole. J'envoie donc un avis aux parents pour un non-respect de consignes, ce qui compte pour 5 points (si un élève perd 6 points dans une semaine, il a une retenue le midi). Le jour même, je reçois un courriel du père m'expliquant que son fils aurait seulement dit un vilain mot à voix très basse... Il m'écrit que je suis beaucoup trop sévère avec une telle sanction! Pourtant, c'est ce même papa qui a signé, avec son enfant, les 4 règles d'or à suivre durant mon cours...

À peu près dans ses mots : « Je connais les règles strictes, car j'étais pensionnaire au très réputé collège XYZ. J'accepte un avis de 2 points, mais 5 points, aucunement... » Je lui réponds : « Eh bien! je connais également les règles strictes, car j'ai enseigné plusieurs années au très réputé collège XYZ. Sachez que le respect et l'honnêteté sont au coeur de ma démarche éducative, or peu importe le nombre de points associé au non-respect des consignes, l'important, c'est que vous soyez au courant de ce qui se passe en classe avec votre enfant... » Je confronte le jeune et celui-ci me confirme qu'il n'a pas dit la vérité à son père. Étrange, depuis mon dernier courriel, je n'ai pas eu de nouvelles du papa et le jeune garçon est dorénavant un élève plus que modèle!

Pourquoi payer pour une éducation privée et s'offusquer contre l'enseignant qui rend compte (par écrit ou par téléphone) du travail et/ou du comportement de son enfant?

3) Un élève ne fait pas son devoir, à savoir corriger et justifier les erreurs dans sa dictée. Après une semaine, il n'a absolument rien fait dans son cahier. J'envoie un avis à ses parents qui contient un 6 points (donc retenue) pour un travail non fait. La mère me répond que je suis injuste et sévère en début d'année. Elle m'écrit : «Madame, mon fils avait fait son possible.» Bravo, la prochaine fois, exigez de lui l'impossible s'il vous plaît!

4) Un autre élève ne fait toujours pas son devoir, en lecture cette fois-ci. « Madame, mon fils ne comprend pas vos consignes. Il a lu le texte, mais n'a pas répondu aux questions. Pourquoi ne pas lui avoir donné un billet pour un travail incomplet? En passant, pourriez-vous écrire les devoirs au tableau? » Le coeur sur le bord des nerds, je réponds : « Madame, non seulement j'écris les devoirs et les études au tableau, mais je les explique et les répète quotidiennement en faisant des rappels, puis je les recopie même dans un agenda sur mon bureau. Définivement, puisque votre fils est dans la dernière rangée, je crois que je le changerai de place afin qu'il comprenne davantage... » Faudrait-il aussi que je tienne son crayon?

Les parents-rois se prennent pour des dieux, car ils savent tout et mieux que nous. Leur omniscience est omniprésente. J'ai même reçu un courriel d'une mère qui trouvait des fautes dans le cahier de grammaire L'Express. Si au moins elle avait raison, la pauvre! En fait, même si effectivement une erreur s'était glissée dans un cahier, ce qui fort possible (et inévitable), est-ce vraiment nécessaire de le mentionner au professeur? Oui, peut-être, mais tout dépend de la manière dont le commentaire est rédigé. Les bonnes manières, de toute façon, sont des espèces rares en voie de disparition. À titre d'exemple, écrire un courriel commence toujours par des salutations, vouvoiement compris! Parents et profs ne sont pas des amis, quoique les réseaux sociaux tentent de nous faire croire qu'il existe peu de frontières dans nos rapports.

Rois ou dieux, ces chers parents, si au moins ils avaient de la classe et un tantinet de gratitude, le corps professoral s'en porterait beaucoup mieux!