27 août 2013

Alerte endocrinienne

Le vendredi le 23 août 2013. Je termine ma journée pédagogique en pensant à la grande fin de semaine qui m'attend pour célébrer l'anniversaire de ma fille et celui de mon filleul. Comme toujours, dans la voiture, j'écoute Radio-Canada. Je plonge auditivement dans l'actualité et la culture étant donné que je n'écoute plus la télévision. À ce moment, on parle de la plus grande catastrophe écologique au Québec, après celle du Lac-Mégantic. En effet, il y a 25 ans, des milliers de litres de BPC (biphényles polychlorés, produits chimiques industriels hautement toxiques) brûlent et forcent l'évacuation de milliers de citoyens. À la radio, le journaliste évoque cette tragédie en mentionnant qu'à l'époque, il habitait à Ste-Julie (tout comme moi), puis que bon nombre de citoyens près de St-Bruno avaient été également évacués. Il mentionne que les BPC pourraient être la cause de troubles endocriniens...

À cet instant, je sens une onde de choc dans mon esprit. Tout devient clair et précis. Il y a 25 ans exactement, à Ste-Julie, je tombais gravement malade. Pneumonie. Hospitalisation. Frôler l'au-delà. Affaiblissement (et quasi anéantissement) de mon système immunitaire. Enfin, destruction de mon système endocrinien. Hypothyroïdie sévère pour une fillette de onze ans. Les médecins n'y croyaient pas. Trop jeune. Néanmoins, j'en avais tous les symptômes. Manque de concentration, prise de poids importante, perte de cheveux, etc. Un endocrinologue finit par faire tomber le diagnostic. Trop longtemps, je dois combattre un mal qui affecte ma croissance physique et mon développement cognitif. Je me souviens encore...

Après toutes ces années d'incompréhension, je crois détenir une partie de la triste réalité. Après 25 ans, je prends conscience que tant de malaises, à l'aube de mon adolescence, auraient été causés par une catastrophe écologique d'origine criminelle. Rien n'est prouvé, évidemment, mais tout porte à croire que mon système n'a pas tenu le coup après la contamination de l'air par les BPC.

Bref, je comprends, mais je rage intérieurement et réalise à quel point notre santé physique et mentale est à la merci des industries et du commerce. On a beau nous sensibiliser, nous, les citoyens, à faire attention aux polluants, à moins utiliser la voiture, à recycler, à acheter bio... Tout ça, c'est bien beau, mais au bout du compte, on se rend bien compte que nos actions sont minimes en comparaison des activités de tous ces foutus géants producteurs de déchets et de polluants. 

Alerte sur Saint-Basile-le-Grand

Date de diffusion : 24 août 1988

Lorsque les 3000 Grandbasilois se font tirer du lit d'urgence pour évacuer leur maison, ils ne se doutent pas que la pire catastrophe écologique de l'histoire du Québec les attend. Vers 20h40, des dizaines de milliers de litres de BPC brûlent et créent une épaisse fumée hautement toxique. Le sol, l'air et l'eau sont contaminés et les résidents ne pourront pas regagner leur domicile avant 18 jours. 

L'incendie est d'origine criminelle. Son auteur est Alain Chapleau. Il est arrêté à la suite des événements, mais est acquitté en janvier 1989 par la Cour supérieure de Longueuil. Malgré la confession de l'accusé lors d'interrogatoires serrés, le juge Réjean Paul demande aux jurés de l'acquitter, faute de preuves. Le poids de sa conscience lui fera avouer son crime 14 ans plus tard. Quant au propriétaire de l'entrepôt, Marc Lévy, pour éviter d'affronter la justice et d'acquitter la facture de 30 millions de dollars de nettoyage, il s'enfuit vers la Floride. Il n'a donné aucun signe de vie depuis. 

L'incendie de Saint-Basile-le-Grand ouvre les yeux de la population sur les dangers d'entreposer de tels produits. S'ensuivra un long débat sur l'élimination des BPC. Le choix d'un incinérateur est au cœur de la polémique. Finalement, c'est à l'incinérateur de Swan Hill, en Alberta, de même qu' au site d'enfouissement de Grandes-Piles, en Mauricie, que les 25 000 tonnes de terre et de matériel contaminés se retrouveront. Il faudra attendre 10 ans avant que les terres où se trouvait l'entrepôt se transforment en un champ bucolique.

Source : Archives de Radio-Canada

L'incendie de St-Basile, 25 ans plus tard