13 janvier 2011

{Les Contemplations}


Dans un ancien billet, le poème Le mot de Victor s'y retrouvait à la toute fin. Voici la suite et chute de ce texte poétique que j'aime beaucoup.

On vit, on parle, on a le ciel et les nuages
Sur la tête; on se plaît aux livres des vieux sages;
On lit Virgile et Dante; on va joyeusement
En voiture publique à quelque endroit charmant,
En riant aux éclats de l'auberge et du gîte;
Le regard d'une femme en passant vous agite;
On aime, on est aimé, bonheur qui manque aux rois!
On écoute le chant des oiseaux dans les bois;
Le matin, on s'éveille, et une famille
Vous embrasse, une mère, une soeur, une fille!
On déjeune en lisant son journal. Tout le jour
On mêle à sa pensée espoir, travail, amour;
La vie arrive avec ses passions troublées;
On jette sa parole aux sombres assemblées;
Devant le but qu'on veut et le sort qui vous prend,
On se sent faible et fort, on est petit et grand;
On est flot dans la foule, âme dans la tempête;
Tout vient et passe; on est en deuil, on est en fête;
On arrive, on recule, on lutte avec effort...
Puis, le vaste et profond silence de la mort!

11 juillet 1846, en revenant du cimetière.