6 novembre 2010

Des anges humains & des (im)patients

Jeudi après-midi, pendant que j'écrivais paisiblement Ce que je fais, ce que je suis, rien ne pouvait présager que les heures qui suivirent seraient parmi les pires de ma vie de jeune maman...

***

Depuis l'arrivée de bébé, les deux filles partagent la même chambre. Au début, c'était le bonheur. Les soeurs partageaient leurs vêtements, les doudous, les toutous, tout, tout, tout, ou presque. Or depuis quelques semaines, rien ne va plus. Tout est prétexte à la pagaille. Avant l'heure de la sieste, surtout, entre les deux lits des soeurs fusent de toutes parts des doudous, des toutous et... des cris! De plus, la décoration de ladite chambre ne fait plus l'unanimité. Marianne, du haut de ses deux ans, a décidé qu'elle n'aimait pas le rose, alors elle a tiré et arraché les rideaux. Puisqu'elle n'aimait plus également les visages de Dora un peu partout, il fallait qu'elle les enlève, elle-même! Et mademoiselle Angélique, pour sa part, ne veut pas voir du jaune au lieu du mauve, sa couleur préférée!
- Quand est-ce que j'aurai ma chambre à moi, mauve et rose, avec un beau bureau?

Il n'en fallait pas plus pour que je rêve quotidiennement de trouver une maison à quatre chambres à l'étage, une rareté dans cette banlieue (à Montréal également). Les sites les plus visités depuis des années : Du Proprio et MLS!

- Marianne a pris mon chien!
- Angélique a pris mon cochon!
- Ça suffit, c'est l'heure de la sieste, puis vous allez réveiller votre frère!
- Marianne me dérange, maaammmaaan!

J'ai donc dû séparer les soeurs, pour mieux régner sur mon petit royaume! Angélique dormait dans mon lit, à son plus grand bonheur. Mais hier, alors qu'elle était retournée dans son lit après un petit roupillon se produisit l'incident qui allait bouleverser ma vie. J'entendis le fracas de son corps (surtout de sa tête) contre le plancher de la chambre, ce qui ne lui était jamais arrivé, contrairement à Marianne, mon petit casse-cou professionnel. Me précipitant dans la chambre, je la vis effondrée sur le plancher de bois. Toute en pleurs, elle me dit qu'elle avait voulu grimper dans le lit de sa soeur pour prendre ses poupées... et qu'elle était tombée sur la tête. Je ne saurai jamais comment elle a fait son compte. J'essaie d'imaginer la scène et je n'y arrive pas, peut-être aussi que je ne le veux pas...

Aucune bosse, rien du tout, mais elle avait mal à la tête et plus le temps passait, plus elle se sentait fatiguée et ne montrait plus le même entrain, la même énergie que d'habitude. Je m'inquiétais énormément, mais me disais intérieurement que tout aller passer. Cependant, en fin de soirée, elle vomit une fois, puis deux fois. Ça y est, les deux mots qui me hantaient, je les voyais tournoyer dans mon esprit : commotion cérébrale. Panique. Désarroi. Peur.

- Angélique, on va à l'hôpital.
- Non, maman, je ne suis pas malade.
- Allez, il faut voir un médecin.
- Je ne veux pas de pîqure...
- C'est promis mon amour.
Plus tard, je sus que je n'aurais pas dû faire cette promesse...

***

Ah! après toute une nuit passée à l'urgence, une infirmière dut la brancher sur un soluté, car les vomissements ne cessaient pas et elle ne pouvait tolérer du liquide.
- Désolée madame, mais ma fille n'est pas à ce point déshydratée? Ne pensez-vous qu'elle serait mieux à la maison pour se reposer?
- Vous avez raison, je sais, mais le médecin m'a donné des consignes, alors j'achète la paix.

Je n'ai pas osé rien répondre, mon coeur trop lourd et trop épuisé. Après les pleurs liés à la piqûre et la vision du sang, Angélique me dit :
- Pourquoi j'ai un crayon dans le bras?

***

Être malade soi-même, c'est certes désagréable, mais que son propre enfant le soit, c'est épouvantable. Comme l'écrivait si bien M., http://mcommemaman.blogspot.com/2010/11/en-ce-moment.html, la partie la plus difficile de notre travail de parent, c'est de ressentir toute l'impuissance du monde devant la douleur de notre enfant. Chaque vendredi, depuis quelques semaines, je partage mon petit moment de la semaine, mais hier, je ne pouvais pas le publier. Ce fut de voir les yeux de ma fille, épuisés de fatigue, mais quand même étincelants de vie, ou de survie. Malgré l'éclairage des néons que j'abhorre profondément en raison de leur froideur, les yeux de ma fille et ses petits cils qui battaient tels des papillons montraient un regard doux et rempli d'amour. Je me suis rappelé le moment de sa naissance, où tout ce que j'ai vu en premier étaient ses yeux grands ouverts devant le monde qui s'ouvrait à elle, après neuf mois de bonheur dans la noirceur. Je revivais de belles émotions et me disait qu'un petit incident si banal ne pouvait pas compromettre sa santé, son développement, sa vive intelligence qui chaque jour m'émerveille. Je priai donc sous les néons de cet hôpital, m'imaginant que les infirmiers et infirmières de l'autre côté de la porte n'étaient pas des êtres humains, mais bien des anges humains. Dans la nuit froide, dans des conditions souvent difficiles, ils veillaient sur des êtres fragiles, dépourvus de force et de vitalité. Dans la nuée de mes pensées, j'entendais pleurer une femme qui hurlait son malheur aux anges gardiens, refusant de recevoir des soins, prétextant qu'on la réveillait la nuit pour la droguer, pour briser son existence. J'entendais un bébé hurler sa douleur, dans les bras de sa mère impuissante et impatiente de rencontrer un médecin. Être patient à l'urgence, est-ce possible? On retrouve surtout des impatients de recouvrer la santé, physique et/ou mentale. J'entendais, j'écoutais, je veillais. Est-ce la fatigue extrême ou la douce folie qui me fit voir une toute petite lumière bleue sur ma fille. Peu importe, Carl Jung a proclamé qu'est réel ce qui agit. Soit! cette lumière peut-être irréelle agissait sur moi et rendait ainsi réel mon désir de savoir que ma fille n'avait rien...

Un ange gardien me dit de le suivre à la salle des rayons X. Par bonheur, Angélique dormait profondément pendant que son corps était scruté par des milliers d'invisibles rayons. La voir si petite et si fragile devant cette imposante machine me tirait des larmes. Plus tard, Dre F. m'apprit la nouvelle qui me rendit quelque peu mon état normal, à savoir que le cerveau n'avait eu aucun saignement, donc aucune séquelle pour le développement de ma fille à long terme... Cependant, il y avait encore des vomissements, ce qui n'était pas très rassurant.

Aux petites heures du matin, je dormis à ses côtés sur une civière, dans le froid d'une salle attenante au couloir des anges gardiens. J'entendais leurs conversations sur tout et sur rien, leurs va-et-vients incessants pour éteindre les feux... Je dormis, tenant la main de ma fille, lui caressant les cheveux et le visage. Je la contemplais comme je n'avais jamais le temps de le faire aussi bien. Dans le feu de l'action quotidienne, avec trois enfants, un mari et un poisson rouge (!), rares étaient les moments où je pouvais contempler mes petits trésors. Cette nuit-là, celle du scat novembre, je laissai mon impatience de côté pour devenir la maman bienveillante qui savoure la beauté de sa fille. Toutes les mamans trouvent leurs enfants les plus beaux du monde, n'est-ce pas?

***

Après une heure ou deux de répit, je me réveillai en sursaut. Je sortis de la salle et ne reconnus aucun ange humain. Le chiffre avait changé. Je demandai à un infirmier quelle personne devait s'occuper de ma fille, mais on me répondit que pour l'instant, il ne le savait pas et qu'il en parlerait au coordonnateur. Finalement, Dre T. arriva et me dit qu'un problème administratif l'empêchait de savoir quoi faire. On me disait qu'Angélique aurait une chambre en pédiatrie ou qu'on devrait la transporter à Ste-Justine. L'hôpital ne s'occupait pas des TCC comme elle disait. On me fit signer des papiers pour les assurances, mais quelques minutes plus tard, une infirmière me dit de ne pas en tenir compte. Je ne savais plus quoi penser, sinon que la bureaucratie administrative, peu importe l'institution, fait toujours de l'obstruction! Entre-temps, nous eûmes l'heureuse visite de grand-papa, notre Ange gardien, ce qui rendit notre petite princesse bien heureuse. Maman en profita pour aller chercher un espresso... double! Merci encore papa Guy!

***

Après la visite, lorsque la belle Angélique demanda d'aller à la toilette, elle eut droit à une toilette portative, puis on prit conscience qu'elle avait... une gastro-entérite!

- Eh bien là!, me lance Dre T., si elle a une gastro, on ne saura jamais si ses vomissements étaient causés par une commotion!

Par tous les saints (surtout André) du Ciel, que ses vomissements ne soient causés que par la gastro, je vous en conjure!

***

Grand-papa avait donné un deux dollars à Angélique, puis elle le regardait très attentivement.

- Maman, il y a une princesse sur mon deux dollars!
- Non, c'est une reine. Toutes les reines ont déjà été des princesses, tu sais?
- Penses-tu que si je donne des sous au médecin, elle me laissera partir?
Sans mots, je ris intérieurement. Dre T. entra dans la salle.

- Si je vous donne des sous, est-ce que je peux m'en aller à la maison?
- Ah! tu as des sous, toi?
- Oui, je peux vous donner deux dollars si vous me laissez partir.
- Désolée, dis-je au médecin, son papa est comptable.
Les rires qui ont suivi ont détendu l'atmosphère de la salle, de même que celui du corridor des anges gardiens. Je ne sais pas ce qu'Angélique en retiendra, mais Dre T. lui a finalement donné son congé d'hôpital... Il faudra lui expliquer que dans la vie, on ne peut pas tout acheter!

***

En arrivant à la maison, devinez quoi? La soeur d'Angélique était malade, elle aussi. Bonne fin de semaine maman! Courage, pour tenir le cap sur la santé, pour ne pas s'effondrer quand les enfants ont tellement besoin de nous. Les mamans sont toutes des anges humains, des anges gardiens armés de toute la patience du monde pour que règne le parfait bonheur, ou presque! ;-)