7 janvier 2015

Moi aussi, je suis Charlie.

La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix

11 janvier 2015
Le matin, dans ma voiture, en chemin pour le boulot, j'oscille entre la musique classique, la chanson française et québécoise ou encore les nouvelles/entrevues/chroniques de Radio-Canada. Sur la route enneigée et glacée pour me rendre à Châteauguay, en passant du 99.5 au 95.1 FM, j'entends résonner la voix du chroniqueur Jean-François Nadeau du Devoir. Puisqu'il n'avait pas publié une chronique lundi, je suis vraiment heureuse de l'entendre, car son mot, dont le choix sublime (pour reprendre les termes de Josée Blanchette), me fascine.

République, Charlie, Voltaire, Charb, liberté, éther du Web, pleureuses… Les mots s'entrechoquent dans mon esprit et malgré mes tentatives pour créer des liens pertinents et cohérents, le sens m'échappe complètement. Mes pensées s'embuent et glissent sur un terrain aussi glissant que la route sur laquelle j'avance péniblement. Je retourne à la musique classique, puis reviens à Radio-Canada : Paris, assassins, fuite, dédale de rues.. Ça y est, je n'y comprends absolument rien. 

Arrivée au Collège, je lis quelques fragments d'articles sur Internet pour mettre en place toutes les pièces du casse-tête. Tout prend du sens en même temps que son contraire. Après mon premier cours, j'écoute cette entrevue sur RDI, toujours de Jean-François Nadeau. En même temps que ma compréhension naît mon indignation. Je prends conscience de toute cette indicible horreur qui s'est jouée à Paris : trois hommes ont abattu des dessinateurs, caricaturistes et autres membres de la réunion de production de Charlie Hebdo, un journal hebdomadaire satirique français. « Satire » d'un côté, « ça tire » de l'autre? Abominable équation qui aurait violemment indigné la pensée démocratique de Voltaire, si on se fie à cette citation apocryphe mentionnée par Jean-François Nadeau ce matin : 
« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez droit de le dire. » 

Sur l'heure du dîner, je donnais en dictée un texte intitulé Moi et le monde. En écrivant la date sur le tableau blanc, je ne pouvais m'empêcher de penser au moment pas si lointain où j'avais écrit la date du 11 septembre 2001 sur un tableau noir devant d'autres élèves. Deux moments historiques à jamais marqués dans ma mémoire. Le mot de Victor Hugo, encore et toujours, les mots de ce poète au rang des immortels, fervent défenseur des idées de la République française, ce sont ceux-là qui frappaient mon esprit et le martelaient de mille pensées.

Plus que jamais, hélas, je constate que ce grand homme avait terriblement et dramatiquement raison : les mots sont des armes et dès que nous les prononçons, nous avons des ennemis mortels... Alors, braves grens, prenez garde aux choses que vous dites, car tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes. Néanmoins, sachez que toutes ces choses que vous dites sont des idées, et que celles-ci ne peuvent mourir. Elle survivent à toutes les attaques, à toutes les propagandes, à toutes les infamies... Les idées circulent grâce aux esprits qui les incarnent. Et ça, c'est notre meilleure arme de conviction massive pour changer le monde. 

Toutes mes sympathies aux Français, mais aussi à tous ceux et celles qui portent sur le coeur le sceau sacré de la République. Je sais, vous me direz que j'établis des liens cocasses et farfelus, mais ce soir, ma fille Marianne (prénom qui est une figure allégorique de la République française), lors de la traditionnelle galette de rois (qui avait été reportée à aujourd'hui, pour des raisons qui seraient longues à élaborer), rageait de ne pas être reine (c'était moi!). Elle a alors lancé la statuette de la galette, laquelle s'est fracassée entre la tête et le corps. Du coup, cette scène me rappela que cette histoire de galette était une idée monarchique complètement ridicule. Ce fut donc, ce soir, la toute dernière galette de Rois dans ma famille. Vive les traditions (et surtout les esprits) libres!


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Un remarquable billet de Jeremy Laniel : Les marges existantes



La France visée en plein coeur de Christian Rioux

Écrasé par l'infâme de Stéphane Baillargeon