28 juillet 2014

L'hyperparentalité








Les parents représentent des professionnels dans l'art de dicter des consignes afin de voir à la bonne conduite de leur couvée. Pour leur part, les enfants transgressent allègrement les règles et les limites qu'on leur impose. Justement, les règles sont-elles trop nombreuses? Exagérons-nous? Frôlons-nous l'hystérie collective? Pourquoi sommes-nous hyperprotecteurs comparativement à ce qu'étaient nos parents et nos grands-parents? 

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Je suis allée cueillir des framboises et des bleuets avec les enfants. Nous étions dans une toute petite serre. Quelques mètres plus loin, derrière des granges et des passages pour tracteurs se trouvait un parc (si on peut l'appeler ainsi tellement il était en décrépitude). Pendant que je ramassais les petits fruits, je les surveillais constamment du coin de l'oeil, car je savais fort bien qu'ils voulaient explorer les lieux, sans mon regard. Pourtant, la consigne avait été claire : tous devaient rester près de moi et attendre que nos paniers soient remplis avant d'aller au parc. Absorbée à peine une minute par la lumière du jour, tout en prenant des photos, je prends conscience que mes deux plus jeunes ne sont plus là… L'aventure avait commencé sans moi. Je fulminais intérieurement. J'ai payé mes produits et suis retournée à la maison. L'heure de la sieste avait sonné et une conséquence avait été proclamée. Ai-je eu tort, ai-je eu raison? Cela dépend de votre degré d'hyperparentalité.

Personnellement, je le sais, je suis une vraie mère-poule. Je devrais peut-être remédier à ce besoin de surprotéger mes enfants à tout prix. J'y réfléchis. Dans mon temps, je prenais mon vélo, puis partais seule au parc, et ce, en devant traverser plusieurs rues. Nous proclamons souvent que les temps ont changé et que les dangers sont plus présents qu'auparavant. C'est ce que je croyais fermement, mais il semblerait que les crimes diminuent environ de 2 % par année depuis vingt ans.

À mon avis, le plus grand danger de laisser nos enfants circuler dans les ruelles, les rues et les parcs, ce ne sont pas nécessairement les individus suspects, mais bien l'augmentation de la circulation automobile. Nous sommes de plus en plus nombreux sur la route, mais surtout, nous sommes de plus en plus pressés et stressés pour nous rendre d'un point A au point B.

Je rêve de laisser mes enfants plus libres, maîtres et créatifs de leurs journées (quoiqu'ils le sont pas mal, sans l'horaire des camps de jour). Surtout, ils me réclament haut et fort une plus grande liberté du haut de leurs 4, 6 et 7 ans! Par contre, je ne me sens pas suffisamment à l'aise pour la leur donner, ce qui me rappelle la morale de la nouvelle littéraire La chèvre de M. Séguin d'Alphonse Daudet (Lettres de mon moulin) : Il vaut parfois mieux accepter d'être soumis à des contraintes ou à des règles, puis continuer à vivre en sécurité que vouloir à tout prix être libre et risquer de vivre des difficultés, des accidents. En tout cas, pour moi, être parent, c'est veiller à la protection de mes petits, la nuit comme le jour. Je le fais au meilleur de mes compétences, mais parfois, j'avoue que j'en frôle l'épuisement physique et moral. Rassurez-vous, avec un bon verre de vin, je redeviens tout à fait normale! Et si je lâchais prise, juste un peu? Pour cela, je rêve d'un immense village au coeur d'une nature verdoyante, dans lequel le seul restaurant pour enfants serait un fast-food bio, végé et santé qui offrirait des jeux biodégradables, je rêve de parcs à profusion qui allumeraient leur imagination avec des modules en bois, je rêve à des maisons écologiques où la télévision serait bannie et où les technologies ne serviraient qu'aux apprentissages constructifs… Je rêve de lieux enchanteurs pour tous les sens, où parents et enfants vivraient des expériences inoubliables, et ce, en toute liberté.


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Qu'en pensez-vous? Pour des pistes de réflexion, c'est par ici, et par là : Un été sans parents ni coup sûr de François Cardinal.

Après avoir rédigé ce billet d'humeur et fait quelques recherches sur l'hyperparentalité, qui englobe beaucoup d'éléments, je prends conscience, finalement, que je ne suis pas si contrôlante que ça, tout de même. Mes enfants sont pas mal libres de leur temps, s'ennuient parce qu'ils n'ont pas toujours des activités planifiées d'avance, ne sont pas inscrits à des camps de jour pendant l'été, ne suivent pas des cours pour perfectionner un art quelconque (sauf si c'est leur désir), n'ont pas un horaire fixe et j'en passe. Bref, je les laisse tranquilles, enfin, presque



Un chef-d'oeuvre qu'il me tarde de voir, Boyhood. L'enfance, c'est l'éternité contenue dans chaque moment du temps qui passe. C'est si précieux.