30 décembre 2013

Lettre à ma grand-mère

Chère grand-mère,

Aujourd'hui même, 365 jours se sont écoulés depuis ton grand départ vers la cinquième saison de l'existence humaine. Tu nous manques beaucoup. Au cas où tu étais trop occupée dans ton grand château, bien au chaud loin du froid sibérien qui règne ici-bas, sache que ta fille O. est allée à l'Oratoire Saint-Joseph pour toi cet après-midi. En pèlerinage à Montréal avec les enfants*, ce lieu ne faisait pas partie de notre itinéraire. En fait, c'est ce que nous croyions. Ce soir, en y réfléchissant comme il faut, je prends conscience que la vie nous dépasse bien plus qu'on ne le pense. Tu me dirais sûrement qu'il est grand le mystère de la foi. Ma foi! Tu as bien raison! Sur le chemin de la vie, nous nous fixons des repères et des itinéraires précis, mais en route, force est de constater que malgré notre volonté, nous vivons des expériences et des moments sacrés hors de notre contrôle. Est-ce le destin? Aucun doute. Quoi qu'il en soit, je réalise qu'il y a un an, j'avais choisi un mot-phare relié à toi, à savoir la Communication« Mieux communiquer ce que je suis, mieux écouter les échos de mon coeur. Être à l'écoute des autres, leur dire mes pensées et mes émotions aussi. Du haut des cieux, entendras-tu mes prières? À l'ère actuelle, celle des grandes communications, il me semble que tout fait en sorte pour que nous soyons connectés et liés les uns aux autres, mais me croirais-tu si je te disais que je ne me suis jamais sentie aussi seule? À moi donc de mieux communiquer, de mieux écouter : d'autres voix, d'autres chants, d'autres échos, d'autres mélodies et symphonies. Je veux créer des ponts entre nous. Est-ce possible dans le monde qui te retient maintenant? Par quelle communion, quelle connection de l'âme y arrive-t-on? »

Certes, je crois que j'ai réussi à mieux communiquer ce que je suis et ce que je désire (sur les plans personnel et professionnel), car les échos de mon coeur, en prenant de l'âge, se font de plus en plus persistants. J'imagine que c'est de la sagesse ou de la folie, c'est selon. Cependant, en ce qui a trait à créer des ponts entre nous, je ne suis ni magicienne, ni clairvoyante, ni mystique pour t'entendre ou te voir. Si d'autres en ont les facultés, je les admire, mais je m'en tiens au réel, les deux pieds sur Terre. Je peux toutefois me réjouir de t'avoir vue, dans mes rêves, aux côtés de ton tendre époux, Jean-Marie. Dans une voiture brillante et rutilante, vous filiez un parfait bonheur. Je pouvais même entendre vos rires, échos de votre nouvelle vie. C'est bien parfait, je te sais heureuse et comblée. Pour le reste, tu demeures et resteras à jamais mon Ange, notre ange-gardien, notre protectrice et muse de toujours. En passant, sache que j'ai tenu ma promesse, car pour la veille de Noël, tous les convives étaient assis à la même table (dénichée en liquidation chez Ikea) ornée de ses plus beaux atours (ta belle vaisselle blanche avec des fioritures argentées). Non, la perfection était loin d'y être, tant pour la nourriture que pour le service, mais le coeur, lui, était bien présent.

Bref, les réseaux de communication sans fil qui nous relient, vois-tu, seront à jamais visibles et palpables au coeur même des moments sacrés que je vivrai avec tous les gens que j'aime et que tu as aimés. Voilà tout, je ne dois pas chercher plus loin. C'est assez pour être en contact ad vitam aeternam. Amen. Adieu.

Je t'aime,
Ta petite-fille, Isabelle 

* En direction d'un restaurant sympathique italien, sur la rue Dante, nous avons dû rebrousser chemin, car nous nous sommes retrouvés en plein coeur du service funéraire de Vito Rizzuto. Le froid polaire est-il idéal pour le recueillement d'une âme si incendiaire?Nous nous apprêtions à traverser les trottoirs glacés de la Petite-Italie, tous près du parvis de l'église Notre-Dame-de-la-Défense, lorsque la présence de nombreuses voitures de police nous a rapidement découragés de rester plus longtemps dans les parages. 


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