31 août 2013

Lettre à ma grand-mère

Chère grand-mère, F. pour les intimes, 

Ce matin, je prenais le chemin du Mont-St-Hilaire, au pied de ta belle et grande montagne, plus précisément à Otterburn Park. Chaque fois que je vois le mont St-Hilaire, je pense à toi. Je me dis que tu es là, quelque part à la cime d'un arbre, observant les clochers ou l'eau près des quais. Je me rendais à une clinique médicale pour mon petit M.-A. Je soupçonnais une otite, mais finalement, c'était une fausse alerte. J'en ai profité pour parler au médecin des commentaires (souvent sous-entendus) de mon entourage à son sujet. Tu sais, il grandit si vite et parle, bouge, saute et dérange beaucoup. Les consignes doivent être répétées, ce qui exaspère sa pauvre mère (!). On m'a donc glissé quelques mots au sujet du TDAH... Dans ton temps, on ne parlait pas de ce genre de trouble. Quand un enfant était différent, on agissait différemment, tout simplement. Aujourd'hui, rien n'est pareil. Je sais que beaucoup de troubles d'apprentissage et/ou de comportements existent bel et bien et que nous pouvons atténuer leurs effets, mais on pose des étiquettes à tort (et on se tord aussi) et à travers. On juge si vite. C'est tellement plus facile d'enfermer quelqu'un dans une petite boîte étiquetée de nos préjugés et de notre ignorance...

Depuis quelques semaines, j'imagine les pires scénarios. Tu le sais, on veut le meilleur pour nos enfants. Quoi qu'il arrive, si je dois les médicamenter pour qu'ils soient éduqués à l'école, il va de soi que je les éduquerai moi-même à la maison, entourés de livres et de nature, dans les musées ou aux quatre coins du monde. Le médecin en poste a su calmer mes tourments grâce à sa grande gentillesse et sa douce compréhension. Selon lui, il est beaucoup trop tôt pour établir un tel diagnostic et puisque dans notre famille, il n'y aucun antécédent de TDAH, M.-A. aurait peu de chances de l'avoir. Mais surtout, cet homme de sagesse m'a remis les deux pieds sur Terre, en me renvoyant à la plus grande savante qui soit : mon intuition. L'instinct d'une mère ne se trompe pas, du moins rarement, n'est-ce pas? Ainsi donc, je cesse dès aujourd'hui d'écouter les autres. Je sais, si je t'avais parlé ce matin, dans ton appartement au pied de la montagne, tu m'aurais dit de ne pas m'en faire avec ça. Aussi tu m'aurais dit que tu prierais pour moi, pis tu m'aurais donné des colliers pour me changer les idées. Tu aurais souri et je t'aurais trouvée tellement belle dans ton décor soigné et stylisé. 

Sur le chemin du retour, après un arrêt à la cantine du Pont Noir (nous y sommes déjà allées ensemble je crois), nous sommes arrêtés à une vente de garage dont tous les profits iraient à un projet de construction d'écoles à Haïti. Lien ici (Action Haïti, équipe Antonio). Moi qui ai un faible pour les ventes de débarras, tout comme toi, si je sais que les dollars donnés aideront des enfants démunis, j'en suis plus que ravie. L'homme à qui j'ai parlé avait le coeur sur la main et l'esprit totalement ouvert et engagé. Un petit détour qui m'a complètement ouvert les yeux sur un projet que j'aimerais réaliser un jour, c'est-à-dire un voyage humanitaire. J'en ai même parlé aux enfants, avec qui j'adorerais vivre une telle expérience. Je leur parle parfois des visages de la pauvreté, mais rien ne saurait mieux leur dessiller les yeux que de voir des enfants heureux mais totalement dépourvus de biens matériels comme eux. Je leur donne tout, mais en fait, je constate que je ne leur donnerai rien de ce qui est important si je ne les sensibilise pas aux actions qui visent à aider les autres êtres humains. Qu'en penses-tu du haut de ta montagne? Si tu le veux bien, prie pour moi afin de m'éclairer un peu quand je doute du chemin qui m'attend avec les enfants. Qu'ils deviennent grands intérieurement, c'est tout ce qui compte pour moi en ce moment. 

Je t'aime et même si je ne t'écris pas souvent, je sais que tu es là,
Isabelle xxxxx