28 octobre 2011

Ce moment

Ce moment, aujourd'hui, ce n'est pas une photo. Ce moment, ce rituel, se transforme en ce vendredi d'automne. C'est un moment innommable, indéfinissable, un point de rupture qui blesse, une déchirure. Ce matin, en écrivant Tranches de vie, tranches de survie, je n'aurais jamais cru que ma pénible odyssée dans la garderie en milieu familial que fréquentaient mes enfants prendrait fin. En effet, l'éducatrice (l'ex, la mal-aimée, la mal-aimante) a décidé de ne pas renouveler notre contrat des services de garde. Je le sentais, le savais, mais je n'osais pas imaginer cette issue. Même si mon chum a beau se faire réconfortant en me disant que de toute façon, on voulait briser le contrat, mon coeur de mère est complètement brisé, meurtri, anéanti. Le rejet comme fouet dans mon quotidien déjà trop rempli d'émotions et de pensées entremêlées.

Les mots qui blessent impunément, immensément. L'inconscience de l'interlocuteur face à ses propres mots persécuteurs, assassins. Jamais, au grand jamais je n'ai aussi bien ressenti la force des mots que j'enseigne à mes élèves depuis mes débuts en enseignement. En effet, je suis celle qui proclame haut et fort que les mots sont vivants, que les mots sont de puissantes armes, pour le bien comme pour le mal... Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites, tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes, disait Victor Hugo. Ce poème, que je peux réciter du début jusqu'à la fin, qui se termine par le fait que les mots prononcés sont des ennemis mortels, je le ressens dans le tréfonds de mon âme. Horreurs, douleurs, ô vives blessures. Je sais, rien n'arrive pour rien, mais je n'avais jamais imaginé que cette vie pouvait tant me blesser, de par les êtres que j'aime le plus au monde...

À toutes les mamans qui ont vécu une parcelle de ce que j'ai vécu aujourd'hui, ce moment innommable et indéfinissable qui fait que la béance du monde est si terrifiante, à vous toutes, je partage ce moment, vous ouvre mon coeur et du coup, je me sens un peu mieux. C'est peut-être davantage dans la souffrance que la solidarité est la plus grande, voire même la plus urgente. Quand on se prélasse dans le bonheur et la bienséance, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais quand tout bascule, on perd nos repères et on se soutient dans ce qu'on a de plus intime. Ce moment, il appartient donc à celles qui se reconnaîtront dans l'un ou l'autre de ces mots, de ces phrases, de ces idées, de ces lignes, mais surtout de tout ce qui se trouve entre celles-ci.

Bonne fin de semaine, les sympathisants des Chroniques Sympathiques!
Isabelle