31 janvier 2011

Tout le monde devrait en parler


C'est la 21e semaine de prévention du suicide. Sujet encore tabou, comme bien d'autres. Cordes raides et sensibles de l'existence humaine.

Tout le monde devrait en parler, pour aider, pour soutenir, pour dire que la vie, c'est de rester en vie, justement.

Pour réfléchir, lisez Lettre à Vincent, une lettre qu'un père écrit à son fils de 16 ans qui s'est suicidé. Infiniment touchant et troublant, très difficile à lire sans avoir le coeur gros, sans penser que la vie est tellement fragile, sans penser que beaucoup trop de gens souffrent en silence.

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Dans le milieu de l'enseignement, tout comme de l'éducation en général, on ne cesse de répéter que le professeur (ou le parent) ne devrait jamais être l'ami de ses élèves (ou de ses enfants), qu'il faut établir les limites de notre action professionnelle (ou parentale). Je suis d'accord, mais je prône l'ouverture et le décloisonnement des compétences, car un adulte, s'il n'est pas réceptif aux émotions et aux sentiments de ceux qu'il éduque, dès lors, c'est la perte de notre humanité. Sans le coeur, point d'apprentissage.

Donc, dans le cadre de mes activités de journal dialogué, dans lequel les élèves rédigeaient des lettres pour écrire leurs impressions de lecture (d'un texte, d'un article ou d'un roman), une jeune fille m'a un jour écrit une lettre troublante. Tout son mal de vivre était décrit dans les moindres détails, de même que ses nombreuses tentatives de suicide et son désir de mettre fin à ses jours sous peu... Évidemment, écrire de tels aveux à son enseignante était un cri d'alarme! Après avoir contacté les parents de l'adolescente, les interventions se sont multipliées, puis les maux de l'âme se sont apaisés après la tempête. Merci la vie.

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Je me souviens avoir lu une chronique de Paule Lebrun de la feu revue Guide Ressources, retrouvée en partie ici . Son texte m'avait ouvert les yeux pour comprendre réellement ce qu'était le goût de mourir. En fait, on pense à tort que lorsque note vie bascule, pour quelques raisons que ce soit, le corps doit mourir, mais c'est plutôt une partie de notre âme qui veut changer, qui doit mourir pour faire place à autre chose. En faisant lire ce texte à des élèves de cinquième secondaire (lors d'un stage en enseignement moral), de nombreuses prises de conscience et discussion avaient animé la classe. Si au moins les mots qui suivent peuvent éclairer une âme filant par ici, merci encore la vie.

« Secrètement, les jeunes veulent mourir et ne savent pas pourquoi. À ces ados, je dirais : Parfois on a le goût de vivre, parfois, le goût de mourir. Et le goût de mourir est un signe qu'il faut écouter. Ça ne veut pas dire que vous devriez mourir physiquement. C'est votre âme qui murmure que vous êtes prêts à passer à une autre étape, que quelque chose doit mourir en vous, comme une graine meurt pour laisser place à la plante. Le goût de mourir est le besoin de naître à nouveau. Quand ce besoin archétypal de mort-naissance n'est pas satisfait, l'énergie devient violente et dangereuse. le feu qui brûle à l’intérieur de nos jeunes n’est pas intégré à la communauté de façon intentionnelle et avec amour, ils brûleront les structures de la culture, juste pour se réchauffer, écrit Michael Meade. »

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Pour terminer, j'ai en tête les mots de Wadji Mouawad entendus lors d'une entrevue avec Marie-Claude Lavallée, Entrée des artistes. Pour parler du fait s'il était croyant ou non, cet homme de théâtre exceptionnel mentionne que peu importe si Dieu existe ou non (il dit y croire quand ça fait son affaire, comme la plupart d'entre nous d'ailleurs), nous sommes tous pris, contrairement aux animaux, avec une part innommable de nous-mêmes qui aspire à l'absolu, à quelque chose qui nous dépasse, nous transcende. Mais qu'est-ce qu'on fait avec ça? Là est la question qui sème à foison des points d'interrogation. On devrait en parler, alors peut-être qu'on finirait par trouver des réponses... En attendant, n'oubliez pas de lire Lettre à Vincent...

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