18 juillet 2015

Henry David Thoreau






Voilà une biographie que j'ai trouvée par sérendipité et dont la plume m'a ravie. À la Librairie Le Fureteur, j'avais quelques livres sur ma liste que je désirais m'offrir, après avoir lu Promise et Les quatre saisons de l'été (Grégoire Delancourt) en voyage. Puis ma fille, Angélique, a demandé à la jeune libraire un roman qui pourrait plaire à son oncle dont c'était l'anniversaire aujourd'hui. Elle lui dit qu'il adorait Jack Kerouac ou encore le marquis de La Fayette.

L'oeil malicieux, la dame s'est empressée de lui offrir deux livres de Henry David Thoreau. Il y a longtemps que je voulais plonger dans ses oeuvres, alors je me suis dit que c'était le moment ou jamais. J'offrirais autre chose à mon frère. Je suis repartie avec la biographie de Thoreau et un autre titre dont je reparlerai ultérieurement, Vivre comme une prince. La vie de Thoreau m'a captivée et inspirée profondément. Vraiment. 

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Henry David Thoreau (1817-1862), qui inversera ses prénoms par la suite pour marquer une deuxième naissance, est né et mort à Concord, un village du Massachusetts près de Boston. Fils d'un modeste artisan et militant pour l'abolition de l'esclavage, en plus de pratiquer la philanthropie, il travaillera à la fabrique de crayons et vivra fréquemment sous le toit familial. Enfant, le jeune garçon est fasciné par les récits de son grand-père paternel, Jean Thoreau. « L'aïeul, fils d'un couple originaire du Poitou, sur lequel David Henry Thoreau sait peu de choses, est né à Jersey, au large de la Normandie. Il se fait appeler John et choisit pour destin l'aventure. En 1773, il embarque sur un navire de commerce, laissant son île natale derrière lui pour rejoindre l'Amérique. Arrivé à Boston, il s'improvise corsaire, et monte sa propre affaire. Mais sa vie prend un nouveau tournant lorsque, au printemps 1775, il rejoint les troupes de la milice révolutionnaire de la petite ville de Concord, entourée de forêts et de rivières. Dans cette bourgade, ainsi qu'à Lexington, se prépare un soulèvement sans précédent. C'est là que prend racine la future indépendance des États-Unis, sur l'initiative des Treize Colonies de la côte Est du pays qui veulent se libérer du joug britannique. »

Thoreau deviendra également un aventurier, un grand voyageur, en passant par le Canada (il se désignait comme un Yankee au Canada), le Maine (Les forêts du Maine) ou encore Cape Cod. Grâce à ses expéditions, il créera un herbier, qui se trouve aujourd'hui à Harvard. Thoreau est profondément attaché à son frère aîné John, avec qui il fera un voyage marquant de deux semaines, le long des rivières Concord et Merrimack. Il écrira un texte de son épopée, Sept jours sur le fleuve, qui ne remportera malheureusement pas le succès attendu. 

Il entame ses années d'études à Harvard durant lesquelles il apprend le grec, le latin, quelques langues européennes, puis s'initie à la rhétorique, la philosophie, les mathématiques, la géologie ou encore la botanique. Son maître en littérature est incontestablement Homère. Toutefois, la vie universitaire n'est pas suffisante pour lui. Il préfère apprendre par lui-même et choisir ses propres lectures dans la grande bibliothèque. Son odyssée doit embrasser l'existence tout entière, « vivre intensément et sucer la moelle de la vie. »

Mentionnons qu'en 1838, Thoreau fonde une école privée avec son frère. Son expérience en tant que professeur dans une école de Concord ne lui avait pas plu, car les sanctions corporelles étaient fréquentes. Il voulait offrir à la jeune génération une nouvelle approche pédagogique liée à la vie. Son but est avant tout de former des esprits libres, capables de penser par eux-mêmes. Dans son essai intitulé « Marcher », qu'il écrit à la fin de sa vie, il confie : « Le stade le plus élevé qu'on puisse atteindre n'est pas la connaissance, mais la sympathie intelligente. »

À Harvard, Thoreau y fera néanmoins une rencontre déterminante, celle de l'essayiste et poète américain Ralph Waldo Emerson, auteur d'un livre qui l'enchante, Nature. Cet homme deviendra un grand ami, qui lui proposera entre autres de tenir un journal. Avec d'autres intellectuels, ils se réuniront au sein du Transcendantal Club afin de lire leurs écrits et en discuter. Bien que Thoreau doute de ce processus de création et considère que ses textes ne sont que des gribouillages, il fera confiance à son maître et ami et poursuivra la rédaction d'un journal pour construire son oeuvre, constituée de 14 volumes.

« L'auteur passe ses journées à noircir des pages blanches. Son Journal l'occupe, en effet, grandement, et s'épaissit avec régularité. Au fil des années (et jusqu'à sa mort), il est devenu son compagnon secret et fidèle, un objet dont il ne peut rester longtemps séparé, et qu'il se doit d'ouvrir une fois par jour. »

Thoreau devient un ami de la famille d'Emerson, qui possède un grand domaine à Concord. Henry David s'occupe de son fils, de même que de plusieurs travaux d'arpentage et de jardinage, car Emerson doit souvent quitter le domaine familial pour donner des conférences en Europe. Plus tard, c'est même Emerson qui lui lèguera un terrain afin que Thoreau y construise une petite maison en bois. Il y vivra presque deux ans, développant ses idées de simplicité volontaire et d'autarcie. Au coeur de la forêt, tout près du lac Walden, il accueillera ses amis et parfois cachera des esclaves fugitifs. En noircissant des milliers de pages dans son journal, il écrit Walden ou La vie dans les bois, qui obtiendra un grand succès et lui donnera une certaine notoriété.

Thoreau déplore la politique américaine lors de la guerre contre le Mexique et surtout l'esclavagisme qui règne en maître partout au pays. Après avoir passé une journée en prison pour ne pas avoir payé un impôt de 6 dollars (somme qui nous semble dérisoire aujourd'hui), il écrit un texte fondateur, « La désobéissance civile », qui inspirera Gandhi et Martin Luther King au coeur de  leurs luttes nationales. En outre, il écrit Plaidoyer pour John Brown, ce dernier qui combattit l'esclavagisme et organisa une révolte en Virginie. Malgré la verve et la fureur de Thoreau, Brown fut condamné à mort. « Le jour de sa pendaison, Victor Hugo, fervent opposant à la peine de mort, s'indigne de son sort et adresse une lettre au gouvernement américain pour dire toute sa colère. » Deux ans plus tard, la Guerre de Sécession éclate, signe que la soif de vérité et de justice avait éveillé bien des consciences.

Dans un autre ordre d'idées, c'est grâce à Thoreau que le président Lincoln créera le premier parc national en 1864 et que d'autres verront le jour partout dans le monde. « Pourquoi nous qui avons répudié l'autorité royale, n'aurions-nous pas nos réserves nationales là où il n'y pas besoin de détruire de village, où existent encore l'ours, la panthère, peut-être même quelques représentants de la race chasseresse? De plus, la ruée vers l'or en Californie et la quête du profit personnel n'ont aucun attrait aux yeux du penseur. Ce sont les vertus de l'esprit qui priment. « Je sais qu'il est très malléable, mais bien moins que l'intelligence. Une pépite d'or pourrait dorer une grande surface, mais pas autant qu'une pépite de sagesse. »

Enfin, Thoreau n'était pas celui qui célébrait l'indépendance de son pays, mais bien sa propre indépendance, sa propre souveraineté. C'est ce qui fait de lui un personnage des plus inspirants encore aujourd'hui. Je m'empresse donc d'entamer la lecture de quelques oeuvres du maître après en avoir appris davantage sur son existence.

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C'est fou, mais je rêve encore plus de retourner à Boston dans un avenir rapproché. Évidemment, je visiterais Concord et le lac Walden, sans oublier les dunes de Cape Cod et les forêts de pins enivrantes du Maine. Joie et bonheur en perspective, assurément. Transcender ma vie et ses limites, pourquoi pas?