10 mai 2015

Zeitgeist

C'est la fête des Mères aujourd'hui. À l'instar des mamans de ce monde, sur les réseaux sociaux et ici même, je pourrais partager des photos de ma progéniture; je pourrais vous partager également tous les mots, tous les cadeaux, tous les bricolages et tous les sublimes témoignages d'amour que j'ai reçus. Je pourrais, mais je n'en ai point envie. Toutes les déclarations d'amour et d'amitié sur la toile me laissent perplexe. Pourquoi avons-nous besoin de montrer au monde entier les sentiments qui nous habitent? À partir du moment où nous les dévoilons, une partie du mystère humain, flamme qui anime toutes choses, ne s'envole-t-elle pas à tout jamais? Ne devrions-nous pas mûrir nos joies comme nos peines dans la solitude, comme il en a toujours été depuis le début de l'humanité?

Depuis quelque temps, je remets en question l'existence de ce blogue de même que ma présence sur les réseaux sociaux. Pendant que plusieurs se trouvent et tissent des liens, moi, petit ego, je m'y sens de plus en plus perdue. Je déconnecte le plus souvent possible et chaque fois que j'ouvre mon ordinateur, je m'en veux de ne pas prendre davantage le temps de lire, d'écrire, de cuisiner, de jouer, de créer ou encore de ne rien faire. À cet effet, l'art de ne rien faire se perd éperdument, non? L'art de vivre en accéléré et en différé me plaît de moins en moins. J'ai besoin de me retrouver et l'écran virtuel m'éloigne de ce que je voudrais être, faire ou avoir. Allez savoir pourquoi.

Or, en ce moment, j'écris, peut-être pour justifier mon absence chronique au coeur de cet antre virtuel. Mes chroniques sont si rares, peut-être justement parce que je ne me sens moins sympathique qu'avant? Amère de tout ce qui touche notre monde, je me replie dans mes terres. Tout n'a-t-il pas été dit et redit? Nos paroles ne sont-elles pas qu'un plat réchauffé? J'en conviens, les idées doivent circuler et doivent être répétées pour faire du chemin, mais je sens que tous les propos tournent en rond. À moins que ce ne soit que moi qui tourne sur moi-même.

Quoi qu'il en soit, à toutes les mamans qui me lisent, je vous souhaite une très belle fête des Mères. Avoir un jour décidé de donner la vie, c'est la plus grande aventure qui soit. Ce jour-là, je suis née. Ce jour-là, je me suis trouvée. Et depuis, évidemment que je me perds dans les dédales du quotidien (souvent assassin) et me plains de vivre différents calvaires et maintes misères, mais au fond, je suis plus forte, comme maman, comme enseignante et tout simplement comme être humain. Mes tranchées m'ont marquée. Les marques du temps sur ma peau me rappellent chaque jour que je laisse peu à peu ma place à ceux que j'ai vus naître… Je suis vieille, déjà.

Ah oui! J'oubliais de vous laisser avec un livre qui m'a marquée, à savoir Une femme de Annie Ernaux. Quelle écrivaine dont la plume me ravit! Je n'en révèle pas plus, car ses mots, d'un rare pouvoir d'évocation, n'ont point besoin d'explications et de tergiversations.

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Pis juste comme ça, voici le statut FB de Josée Blanchette (je sais, j'ai encore flanché en allant dans ce gobe-temps hallucinant), qui m'a fouettée en plein visage :

- J'ai oublié ta carte, maman.
- Pas grave, ce sera ma fête après-demain. 
Il lèche sa glace à la pâte à biscuits, pensif.
- Tsé mon ami Gégé? Ben, lui c'est pire que moi, il a pas de mère à qui donner sa carte parce qu'elle est morte du cancer. Il l'a donnée à son père et il a écrit qu'il était le meilleur père du monde. 

Je lèche ma "molle" en silence. Fuck. Ça ne goûte plus aussi bon. 

Bonne fête des mères à tous ces pères qui n'ont pas le choix d'en être une.

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« Les hommes tiennent le monde. Les mères tiennent l’éternel qui tient le monde et les hommes. »

« Les mères n'ont pas de rang, pas de place. Elles naissent en même temps que leurs enfants. »
Christian Bobin

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Inspirations Zeitgeist, dans l'air du temps : Annie et sa smala