6 janvier 2014

mãn


Le roman mãn de Kim Thuy est mon premier livre lu en 2014. C'est le récit tout en douceur d'une jeune femme qui découvre l'amour malgré son extrême pudeur, puis plonge le lecteur dans le monde subtil des saveurs et des odeurs à travers différents souvenirs, notamment ceux de sa terre natale, le Vietnam. La narratrice, mère et épouse, amie et amoureuse, cuisine avec plaisir et joue avec les mots avec finesse. Ce recueil poétique à fleur de mots (et de peau) semblable au lotus est intelligemment ficelé pour que le charme opère jusqu'à la fin...

« … le caractère du mot aimer englobait trois idéogrammes : une main, un coeur et un pied, parce que l'on doit exprimer son amour en tenant son coeur dans ses mains et marcher jusqu'à la personne qu'on aime pour le lui tendre… »

« Rebelle : être belle de nouveau parce que la beauté s'acquièrt et se perd. »

« Pour saisir les nuances entre deux mots cousins, par exemple pour distinguer la mélancolie du chagrin, je pèse chacun d'eux. Quand je les tiens dans mes paumes, l'un semble planer comme une fumée grise alors que l'autre se comprime en boule d'acier. »

La littérature est intimement liée à la vie. En lisant mãn, j'ai pensé à un être cher qui vit avec un trou dans le coeur et une peau de chagrin. La mère de la narratrice, tous les soirs, à la lueur d'une chandelle, lisait une page d'un roman de Maupassant, puis analysait des phrases. De la même manière, ô toi qui es si loin, j'arrêterais le temps pour te lire quelques pages de Balzac. Grâce aux nuances des mots, leurs sonorités, textures, odeurs et formes, la boule d'acier qui se trouve en toi, je la déposerais dans un écrin, bien loin des jardins de ton coeur duquel plane une fumée grise… Courage, 2014 est une année toute en promesses de bonheur!

Bonne lecture, chers passants des Chroniques Sympathiques!