5 mai 2013

Un si beau dimanche

Chère grand-mère,

Il y a si longtemps que je ne t'ai pas écrit... Ici, est-ce que tu sais que c'est le printemps? Le mois de mai, saison si douce où la nature revit, est un baume sur mes peines de l'hiver. Samedi, nous étions réunis à Saint-Hyacinthe à l'endroit où, poussières d'étoiles, tu reposes. Les rayons du soleil étaient si chauds, la lumière si claire, mais mon coeur si sombre et rempli d'ombres. Toi, du haut du ciel, au coeur de la cinquième saison de ta vie, que fais-tu? Qui es-tu sinon un ange? Que deviens-tu? J'imagine que tu m'envoies des signes et des messages, mais trop préoccupée par mon quotidien, je ne vois ni n'entends rien. Silence. Seule façon pour l'instant de communiquer avec toi : écrire.

Aujourd'hui, ce fut une journée bien remplie à la campagne. Changement de saison signifie rotation de garde-robe, grand ménage et épuration. Tu te rappelles de ma maison jaune? La dernière fois que tu y étais, assise dans la salle à manger, tu imaginais une belle grande table entourée d'enfants, un beau grand vaissellier rempli de porcelaine et d'argenterie, et ce, agencées en toute simplicité. Dans les tiroirs, tu imaginais sûrement les serviettes et les nappes, bien pliées et alignées comme il se doit. Eh bien! ne sois pas trop déçue, car pour l'instant, mis à part les enfants qui courent partout, rien de tout cela ne s'est concrétisé, mais rien ne saurait tarder. Petit à petit, je planifie cette belle grande pièce en ton honneur. Chaque chose en son temps, comme tu me le disais souvent.

Les enfants grandissent vite. Tu sais, je m'améliore en tant que mère, car je les laisse jouer plus souvent sans trop intervenir. Habituellement trop prompte à régler les différends, j'essaie maintenant d'agir différemment. Or, je les laisser gérer leurs petits conflits. C'est difficile pour la mère-poule que je suis, mais je travaille fort pour être moins sur leurs talons. Ah oui, j'oubliais! Samedi matin, avant ton enterrement, les filles avaient leur petit spectacle de danse. Telles de petites fées, elles ont bien dansé, juste pour toi. Tu étais là, n'est-ce pas? Si tu as une petite minute, prends le temps de voir jouer les deux chatons de Rosie. Ils sont si mignons. 

Ce matin, M. a échappé une crêpe par terre, puis a dit qu'il était gauche. Angélique, toute sérieuse, lui a dit : « Papa, voyons, peux-tu essayer d'être droitier? » Nous avons bien ri. Et toi, est-ce que tu ris là où tu vis? Es-tu heureuse? Je l'espère tellement. Tu sais, quand j'écoute attentivement les échos de mon coeur, j'entends ton rire au creux de mes souvenirs.

Je t'aime,
Isabelle

Nota bene : Dès que j'en aurai le temps, j'irai à l'Oratoire. Pour le repos (ou le renouveau) de ton âme, une messe sera chantée. Qui sait? Saint-André, quelque part dans les nuées, sera là pour nous protéger...