16 mars 2011

Pensées et émotions entremêlées

Écrire le ressentir humain, si changeant, si volatile, ce n’est guère facile.

Les pensées et les émotions qui m’habitent s’entremêlent, s’entrechoquent, s’électrocutent même! L’Univers répond toujours à nos demandes, quelles qu’elles soient. Pour l’instant, il semble que le temps de vendre notre maison et d’en trouver une autre ne soit pas opportun. Pour l’instant, il semble que ce soit dans ma vie personnelle et professionnelle que les changements doivent s’opérer. Ce matin, j’ai rencontré un directeur adjoint d’un Collège afin de discuter de mon intérêt pour un poste de remplacement en français, deuxième secondaire.

Avec ce directeur très sympathique, j’ai vraiment senti qu’il comprenait ma situation de maman à la maison qui avait envie de relever de nouveaux défis. Il semblait comprendre le fait que je voulais avoir une bonne qualité de vie, ce qui signifiait que je ne voulais plus enseigner à Montréal, même dans le meilleur Collège… De plus, il a montré de l’intérêt pour je puisse intégrer des bases de latin et d’étymologie dans mes cours de français.

Je pensais prendre le temps de réfléchir, mais j’ai dit oui, tout de suite. C’est tout de même triste, car l’enseignante que je remplacerai est en rémission d’un cancer du sein. À 63 ans, elle n’a plus la force de vivre son quotidien avec le même entrain et la même énergie qu’auparavant. Elle décide donc de prendre sa retraite et de penser à elle. La vie est si courte, si fragile, alors elle a pris la bonne décision.

Et là, comme ça, sans lien apparent, je pense au texte tellement touchant et émouvant d’Anne-Marie Lecompte, dans Châtelaine, qui parle du suicide de son fils de 16 ans, Antonin. On en parle un peu partout, dans les blogues, surtout. Ce qui m’a profondément marquée, c’est ceci : Regardez vos enfants chaque jour. Arrêtez tout, vous m’entendez? Regardez-les avec attention et bienveillance. Faites-le pour vous, faites-le pour eux, faites-le pour nous.

Et encore ceci : Consolez donc vos enfants avant de les punir. Oh! Punissez-les pareil! Imposez vos limites en sautant à pieds joints d’exaspération dans la cuisine, rappelez le bon sens, les règles et les bonnes manières, en criant comme des perdus s’il le faut. Mais, avant toute chose, tentez de comprendre et pardonnez. Parce qu’on ne sait jamais quelles fines blessures grèvent l’âme au fil du temps. En encore d’autres mots, mais il faut lire son texte pour saisir toute la tragédie et la grandeur de son courage.

Aimer, on en revient toujours à cet essentiel de la vie, n’est-ce pas? Qu’y a-t-il dans cette existence ici-bas de plus important, sinon d’aimer? Rien. Pourtant, nous parlons tous de l’importance de se réaliser pleinement, de penser à soi, de travailler, etc. J’y vois un paradoxe, mais peut-être que cela n’en est pas un. La vérité, c’est que j’aime tellement mes enfants que j’ai peur de regretter ma décision de retourner à l’enseignement, maintenant. J’avais fait le choix d’être avec eux à temps plein pour profiter de tous les petits et grands moments de leur petite enfance, pour eux, mais aussi pour moi. Depuis que je suis maman, il ne se passe pas une seconde sans que je ne pense à eux, dans tous les moindres actes. À tout moment de la journée, je peux les prendre dans mes bras, les embrasser, les chatouiller et respirer leur peau jusqu’à m’enivrer de leur beauté, de leur fragilité, de leur candeur. Je vis pour chaque seconde près d’eux, et là, je m’en vais faire tourner non pas des ballons sur mon nez, mais je m’en vais faire jongler des règles de grammaire, des explications et parfois des punitions pour me réaliser autrement, soi-disant. Aussi, il ne faut pas se le cacher, pour avoir un peu d’argent. C’est le travail. Mes partenaires de jeu ne seront plus les mêmes. Je devrai gérer d’autres sortes de crises, sur d’autres plans. La routine ne sera plus la même. Je devrai me transformer en super génie de l’organisation, moi qui en arrache tellement, mais tout de même, depuis que je suis maman, j’ai quand même pris de l’expérience et je me suis beaucoup améliorée...

Hier soir, j’ai relu rapidement dans ma grammaire les règles d’accord du participe passé des verbes pronominaux, juste pour me mettre dans l’ambiance… Cet après-midi, après l’entrevue, je lisais aux filles des consignes pour coller des autocollants de Walt Disney dans un cahier. Demain, je tenterai de conjuguer travail, famille et temps personnel, dans le nouveau cahier de ma vie, là où une page se tourne, mais dont je ne connais pas la fin. Vous savez quel aspect sera négligé, n’est-ce pas? Même sans travail, le temps personnel, je ne l’ai jamais privilégié. J’ai toujours voulu me donner du temps, mais en bout de ligne, je n’y suis jamais vraiment arrivée. Imaginez avec un retour à l’enseignement, trois enfants et un mari? Je n’imagine pas, mais j’espère que je saurai faire régner l’équilibre, du moins, entre le travail et ma famille. Lorsque j’aurai une demi-journée libre, à la maison, chaque seconde comptera pour être pleinement avec les enfants. Et au lieu de les punir, s’ils ont mal agi, je crois que je vais les serrer dans mes bras, puis leur dire à quel point je les aime, à quel point je les aimerai toujours. Ça, c’est tout ce qui compte réellement à mes yeux, même si mes pensées et mes émotions s'entremêlent...

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