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7 août 2017

Lecture estivale



Les vacances sont entamées depuis quelque temps. Les livres s’accumulent un peu partout chez moi et il me tarde de plonger au cœur de leurs intrigues. Pourtant, aucun d’eux ne réussit à soutenir mon attention, hormis les Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar et quelques romans jeunesse. Trop sérieux ou trop légers, j’ai besoin de romans qui respirent la nouveauté, l’exclusivité. C’est ainsi que je commence un roman italien commandé il y a deux mois par ma librairie préférée, Le Fureteur. Outre les recommandations de mes amis lecteurs, je me laisse parfois inspirée par les suggestions des Instabookeurs français. C’est donc sur le bord d’une rivière du Saguenay que j’entame le premier roman de Donatella Rizzati, diplômée en langue et littérature étrangère. Une bande rouge orne le livre pour nous indiquer (non sans subtilité) qu’il s’agit du roman feel good de l’été. J’abhorre ce terme anglais, qui signifie que l’œuvre possède le don de nous insuffler une bonne dose de bonheur, puis le sentiment d’influencer positivement le cours de notre existence. Pourtant, c’est bel et bien un roman qui vous fait éprouver un réel sentiment de bien-être, qui vous aspire et qui vous inspire.


Ainsi, Donatella Rizzati tisse habitement des liens affectifs entre plusieurs personnages, dont principalement Viola, Michel, Gisèle, Romain et Camille. À travers les thèmes de l’amour, de l’amitié, du deuil et de la connaissance de soi, l’auteure intègre avec parcimonie des connaissances de naturothérapie. De nombreuses recettes parsèment le livre. À cet effet, la protagoniste, Viola Consalvi, une jeune Italienne dont le caractère fougueux lui permettra d’aller au bout de son rêve et d’elle-même, incarnera d’abord la profonde dichotomie entre la médecine traditionnelle (personnifiée par son père) et la médecine alternative (qu’elle pratique à Paris de concert avec Gisèle dans une herboristerie ancestrale après ses études), mais ensuite sa réconciliation dans un rééquilibre des forces. Sa fulgurante rencontre avec Romain, un passionné de littérature et d’aventure, barman d’un joli bistro parisien, mec qui fait tourner les têtes, lui permettra de renouer avec une partie de son passé, celui qui se conjuguait avec son mari, décédé d’une maladie dont on ne sait point le nom. Bref, un roman dont la fluidité vous propulsera dans les quartiers de Paris et ceux de Rome, mais surtout dans les méandres et les labyrinthes intérieurs de personnages des plus attachants et des plus charmants. Bien que l’amour demeure bien présent dans ce livre, aucune eau de rose ni fleur bleue ne viennent éclabousser notre plaisir de lecture. Au contraire, à petites doses, nous sommes titillés page après page et revigorés par tant de fraîcheur. À lire délicatement avec une infusion à la main, question de mieux distiller notre bonheur.

19 juillet 2015

Lecture du jour



« Il n'existe pas de pensée dangereuse pour la simple raison que le fait de penser est en lui-même une entreprise très dangereuse. Mais ne pas penser est encore plus dangereux. »


« Tous les chagrins sont supportables si l'on en fait un conte ou si l'on raconte une histoire pour le dire. » 


Hannah Arendt (1906-1975), 
une biographie en bande dessinée que j'ai énormément appréciée.



Penser passionnément

18 juillet 2015

Henry David Thoreau






Voilà une biographie que j'ai trouvée par sérendipité et dont la plume m'a ravie. À la Librairie Le Fureteur, j'avais quelques livres sur ma liste que je désirais m'offrir, après avoir lu Promise et Les quatre saisons de l'été (Grégoire Delancourt) en voyage. Puis ma fille, Angélique, a demandé à la jeune libraire un roman qui pourrait plaire à son oncle dont c'était l'anniversaire aujourd'hui. Elle lui dit qu'il adorait Jack Kerouac ou encore le marquis de La Fayette.

L'oeil malicieux, la dame s'est empressée de lui offrir deux livres de Henry David Thoreau. Il y a longtemps que je voulais plonger dans ses oeuvres, alors je me suis dit que c'était le moment ou jamais. J'offrirais autre chose à mon frère. Je suis repartie avec la biographie de Thoreau et un autre titre dont je reparlerai ultérieurement, Vivre comme une prince. La vie de Thoreau m'a captivée et inspirée profondément. Vraiment. 

***

Henry David Thoreau (1817-1862), qui inversera ses prénoms par la suite pour marquer une deuxième naissance, est né et mort à Concord, un village du Massachusetts près de Boston. Fils d'un modeste artisan et militant pour l'abolition de l'esclavage, en plus de pratiquer la philanthropie, il travaillera à la fabrique de crayons et vivra fréquemment sous le toit familial. Enfant, le jeune garçon est fasciné par les récits de son grand-père paternel, Jean Thoreau. « L'aïeul, fils d'un couple originaire du Poitou, sur lequel David Henry Thoreau sait peu de choses, est né à Jersey, au large de la Normandie. Il se fait appeler John et choisit pour destin l'aventure. En 1773, il embarque sur un navire de commerce, laissant son île natale derrière lui pour rejoindre l'Amérique. Arrivé à Boston, il s'improvise corsaire, et monte sa propre affaire. Mais sa vie prend un nouveau tournant lorsque, au printemps 1775, il rejoint les troupes de la milice révolutionnaire de la petite ville de Concord, entourée de forêts et de rivières. Dans cette bourgade, ainsi qu'à Lexington, se prépare un soulèvement sans précédent. C'est là que prend racine la future indépendance des États-Unis, sur l'initiative des Treize Colonies de la côte Est du pays qui veulent se libérer du joug britannique. »

Thoreau deviendra également un aventurier, un grand voyageur, en passant par le Canada (il se désignait comme un Yankee au Canada), le Maine (Les forêts du Maine) ou encore Cape Cod. Grâce à ses expéditions, il créera un herbier, qui se trouve aujourd'hui à Harvard. Thoreau est profondément attaché à son frère aîné John, avec qui il fera un voyage marquant de deux semaines, le long des rivières Concord et Merrimack. Il écrira un texte de son épopée, Sept jours sur le fleuve, qui ne remportera malheureusement pas le succès attendu. 

Il entame ses années d'études à Harvard durant lesquelles il apprend le grec, le latin, quelques langues européennes, puis s'initie à la rhétorique, la philosophie, les mathématiques, la géologie ou encore la botanique. Son maître en littérature est incontestablement Homère. Toutefois, la vie universitaire n'est pas suffisante pour lui. Il préfère apprendre par lui-même et choisir ses propres lectures dans la grande bibliothèque. Son odyssée doit embrasser l'existence tout entière, « vivre intensément et sucer la moelle de la vie. »

Mentionnons qu'en 1838, Thoreau fonde une école privée avec son frère. Son expérience en tant que professeur dans une école de Concord ne lui avait pas plu, car les sanctions corporelles étaient fréquentes. Il voulait offrir à la jeune génération une nouvelle approche pédagogique liée à la vie. Son but est avant tout de former des esprits libres, capables de penser par eux-mêmes. Dans son essai intitulé « Marcher », qu'il écrit à la fin de sa vie, il confie : « Le stade le plus élevé qu'on puisse atteindre n'est pas la connaissance, mais la sympathie intelligente. »

À Harvard, Thoreau y fera néanmoins une rencontre déterminante, celle de l'essayiste et poète américain Ralph Waldo Emerson, auteur d'un livre qui l'enchante, Nature. Cet homme deviendra un grand ami, qui lui proposera entre autres de tenir un journal. Avec d'autres intellectuels, ils se réuniront au sein du Transcendantal Club afin de lire leurs écrits et en discuter. Bien que Thoreau doute de ce processus de création et considère que ses textes ne sont que des gribouillages, il fera confiance à son maître et ami et poursuivra la rédaction d'un journal pour construire son oeuvre, constituée de 14 volumes.

« L'auteur passe ses journées à noircir des pages blanches. Son Journal l'occupe, en effet, grandement, et s'épaissit avec régularité. Au fil des années (et jusqu'à sa mort), il est devenu son compagnon secret et fidèle, un objet dont il ne peut rester longtemps séparé, et qu'il se doit d'ouvrir une fois par jour. »

Thoreau devient un ami de la famille d'Emerson, qui possède un grand domaine à Concord. Henry David s'occupe de son fils, de même que de plusieurs travaux d'arpentage et de jardinage, car Emerson doit souvent quitter le domaine familial pour donner des conférences en Europe. Plus tard, c'est même Emerson qui lui lèguera un terrain afin que Thoreau y construise une petite maison en bois. Il y vivra presque deux ans, développant ses idées de simplicité volontaire et d'autarcie. Au coeur de la forêt, tout près du lac Walden, il accueillera ses amis et parfois cachera des esclaves fugitifs. En noircissant des milliers de pages dans son journal, il écrit Walden ou La vie dans les bois, qui obtiendra un grand succès et lui donnera une certaine notoriété.

Thoreau déplore la politique américaine lors de la guerre contre le Mexique et surtout l'esclavagisme qui règne en maître partout au pays. Après avoir passé une journée en prison pour ne pas avoir payé un impôt de 6 dollars (somme qui nous semble dérisoire aujourd'hui), il écrit un texte fondateur, « La désobéissance civile », qui inspirera Gandhi et Martin Luther King au coeur de  leurs luttes nationales. En outre, il écrit Plaidoyer pour John Brown, ce dernier qui combattit l'esclavagisme et organisa une révolte en Virginie. Malgré la verve et la fureur de Thoreau, Brown fut condamné à mort. « Le jour de sa pendaison, Victor Hugo, fervent opposant à la peine de mort, s'indigne de son sort et adresse une lettre au gouvernement américain pour dire toute sa colère. » Deux ans plus tard, la Guerre de Sécession éclate, signe que la soif de vérité et de justice avait éveillé bien des consciences.

Dans un autre ordre d'idées, c'est grâce à Thoreau que le président Lincoln créera le premier parc national en 1864 et que d'autres verront le jour partout dans le monde. « Pourquoi nous qui avons répudié l'autorité royale, n'aurions-nous pas nos réserves nationales là où il n'y pas besoin de détruire de village, où existent encore l'ours, la panthère, peut-être même quelques représentants de la race chasseresse? De plus, la ruée vers l'or en Californie et la quête du profit personnel n'ont aucun attrait aux yeux du penseur. Ce sont les vertus de l'esprit qui priment. « Je sais qu'il est très malléable, mais bien moins que l'intelligence. Une pépite d'or pourrait dorer une grande surface, mais pas autant qu'une pépite de sagesse. »

Enfin, Thoreau n'était pas celui qui célébrait l'indépendance de son pays, mais bien sa propre indépendance, sa propre souveraineté. C'est ce qui fait de lui un personnage des plus inspirants encore aujourd'hui. Je m'empresse donc d'entamer la lecture de quelques oeuvres du maître après en avoir appris davantage sur son existence.

***

C'est fou, mais je rêve encore plus de retourner à Boston dans un avenir rapproché. Évidemment, je visiterais Concord et le lac Walden, sans oublier les dunes de Cape Cod et les forêts de pins enivrantes du Maine. Joie et bonheur en perspective, assurément. Transcender ma vie et ses limites, pourquoi pas?

14 avril 2015

Un libre-penseur qui n'est plus

Agence France-Inter

« J'ai des sentiments extrêmement simples de révolte et d'indignation. La dérive libérale est la plus terrible des utopies. Elle est aussi plus terrifiante que d'autres, car on n'en voit pas la fin. Je crois donc à la lutte, sinon il n'y a plus d'Histoire et peut-être plus d'Humanité. » 
François Maspero

« François Maspero, c'est plus qu'un éditeur, c'est plus qu'un écrivain. François Maspero, c'est une légende qui incarne les vertus d'un engagement profond et radical. »
Jack Lang, ex-ministre de la Culture français

François Maspero, éditeur et écrivain de Jean-François Nadeau

6 avril 2015

Albert Brie, l'homme qui cultivait les mots


de Jean-François Nadeau


« Un ami véritable, 
c'est quelqu'un qui nous aide à nous supporter. »

«  Cherchez et vous trouverez. » Nuançons. 
On trouve souvent ce qu’on ne cherchait pas,
qui est quelquefois meilleur que ce qu’on voulait trouver. 


28 mars 2015

« Peu importe ce que tu fais, tu dois continuer à lire et à étudier. […]. Tu dois prendre en charge ta propre éducation et le faire avec la détermination surhumaine dont tu es capable. Hestie, je veux juste que tu lises un million de livres, c’est tout. […] Ce que j’aime c’est les gens qui foncent dans toutes les directions pour faire un million de choses mais qui en même temps continuent sans cesse de se cultiver; c’est ça qui un jour détermine les contours de leur visage, de leur âme. » 

Jack Kerouac, dans une lettre adressée à Neal Cassidy en 1945

1 janvier 2015

Façonner la nouvelle année

Sur le site Web des éditions Alto, nous pouvons lire des extraits de Révolutions. Qu'est-ce que c'est au juste?


« Truffé de petites et de grandes révélations, Révolutions est une entreprise littéraire sans précédent qui décapite joyeusement les idées reçues.
Le calendrier révolutionnaire, en usage de 1793 à 1806, prétendait mettre un terme au règne des saints et des saintes qui peuplaient le calendrier grégorien pour marquer les jours au sceau de plantes, d’animaux et d’outils davantage en accord avec les vertus républicaines. Ses concepteurs le divisèrent en douze mois, chacun composé de trois décades constituées de huit végétaux, d’un animal et d’un outil ; à ces mois tous égaux succédaient cinq ou six sans-culottides (selon qu’il s’agissait ou non d’une année bissextile), journées dédiées à des vertus particulières, ce qui donnait un tour de l’an complet : une révolution.
Deux siècles plus tard, une paire de citoyens curieux, Dominique Fortier et Nicolas Dickner, ont chargé un certain Reginald Jeeves, ingénieux majordome informatique, de leur envoyer quotidiennement le mot du jour qu’ils revisiteraient jusqu’à combler les cases du calendrier. »
***
Aujourd'hui, premier jour de l'an, le mot argile est à l'honneur. À cet effet, Dominique Fortier écrit : « Nos républicains n’étaient pas détachés du calendrier grégorien au point de se priver de donner à ce premier jour de la nouvelle année un nom qui évoque la mystique chrétienne. En effet, c’est dans l’argile que Dieu façonna le premier homme (adama : « terre », en hébreu), et c’est dans l’argile qu’ils ont sculpté ce douzième jour de nivôse dont ils ne pouvaient pas ignorer que c’était ci-devant le premier de l’An. »

Ainsi donc, ce mot m'inspire, car il me rappelle que la vie elle-même est semblable à l'argile, terre malléable que l'on peut façonner selon nos intentions, nos volontés. À moins que celles-ci s'imposent d'elles-mêmes? Il importe peut-être d'en prendre conscience afin de sculpter notre quotidien par de menus gestes, de simples détails qui changent tout. Ce n'est pas le monde qui doit changer, c'est nous. C'est nous qui détenons le mystérieux pouvoir d'agencer tous les éléments hétéroclites afin de les lier en un tout cohérent. Qu'importe si le travail accompli n'est pas reconnu ni même applaudi, car le changement opérera à l'intérieur et en métamorphosera l'entière configuration. 

Façonnons donc nos rêves, quels qu'ils soient!

14 septembre 2014

Çà et là, des idées.

Lecture du jour

Submergée par les marées hautes sur les plans personnel et professionnel, les chroniques sont rarissimes, j'en conviens, mais voici tout de même quelques liens hebdomadaires. Les idées, quoique pêle-mêle, ne sont jamais suffisamment partagées. Plus que jamais, elles ont besoin de notre relais.

Bon dimanche!


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Le oui est en avance?
« Il se pourrait que les Écossais nous montrent la route. Puis il y a les Catalans, déjà en piste pour réclamer leur indépendance. Rester, sur le bord de la route, à regarder les autres nations foncer vers leur avenir. Ce n’est pas une solution pour le Québec, car la mer anglophone va finir par nous engloutir. Ce serait dommage. C’est pourtant juste une question de temps. »
Lise Payette

L'amitié : du pt'it contact au parrain
« La question de l’amitié turlupine les sages et les philosophes depuis longtemps. Aristote (384 av. J.-C.) prétendait qu’il y avait trois sortes d’amitiés : celles d’intérêts (on rend service à quelqu’un : scratch my back, I’ll scratch yours), celles de circonstances (on prend des vacances sur un bateau/chalet ensemble), et celles de valeurs (on partage des vertus communes et la meilleure recette de carbonara). »
Josée Blanchette

Toujours déjà d'Alexandre Lacroix, Philosophie Magazine

Si j'étais militant péquiste de Jean-Marie Aussant

C'est fou! Dossier sur la transmission du savoir

Le livre qui a changé la vie d'Amélie Nothomb (et la mienne)

Selon Facebook, 50 livres qui ont changé leur vie

Rituels d'écriture

Merci Valérie Trierweiler pour ces moments de brève lecture qui prouvent votre piètre maîtrise des jeux de l'amour et de la langue française

Pour apprendre, allez dehors!

Le problème avec l'école
« Je résume : le problème n’est pas que le ministre de l’Éducation soit un cancre, ce n’est pas lui qui décide des politiques de l’éducation de toute façon. Le problème n’est pas non plus, comme me l’écrivait une maman éplorée cette semaine, que son fils ne puisse pas trouverLes trois mousquetaires à la bibliothèque de son école. Le problème, c’est que son prof de français n’a lu ni Ferron, ni Gabrielle Roy, ni Roland Giguère, ni Sylvain Trudel, ni Suzanne Jacob, ni Louis Hamelin, ni Jean-Simon Desrochers, ni André Major, ni Marie-Claire Blais, ni Anne Hébert, ni Tremblay, ni Miron, ni fuck. » Pierre Foglia
Notre école est un crime
« 70 % des métiers qu’exerceront les enfants qui entrent aujourd’hui à l’école n’existent pas encore – d’où la nécessité d’une éducation très différente, beaucoup plus ouverte à l’imagination et à l’intelligence relationnelle, conduisant à épanouir une curiosité polyvalente plutôt qu’une spécialisation de type industriel. »
Richard David Precht 



Des photographies troublantes des effets de la pollution en Chine

Tombe géante de Grèce Sur les traces des archéologues

Les vacances de Monsieur Bruno! J'ai manqué le premier épisode, zut!

Pour terminer en beauté et en musique : Adam Cohen et Lisa Leblanc

8 septembre 2014

Journée internationale de l'alphabétisation

Haïku littéraire et livresque :

L'Alphabet de flammes
Un été en famille 
L'homme de la montagne, fleur et sang

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Des chars avant les livres

« Il serait temps que nos dirigeants comprennent que le livre et la lecture ne sont pas des luxes réservés à l’élite à laquelle ils appartiennent mais bien le vecteur d’une émancipation radicale et d’une liberté politique profonde. Si leurs gestes ne traduisent pas cette vision du monde, c’est peut-être qu’ils ne souhaitent pas la liberté d’esprit de leurs concitoyens. C’est là une grave accusation, j’en suis conscient. J’en appelle donc à eux pour nous prouver le contraire. Et d’affirmer avec conviction réelle que les chars ne passeront plus jamais avant les livres. »
Ianik Marcil

1 septembre 2014

Propos sur l'éducation

L'instituteur, qui était un homme d'expérience, disait et redisait à ses jeunes adjoints que le principal était de lire et encore lire. Que ce soit histoire ou physique, ou morale, il faut toujours que le livre soit l'instituteur en chef, et que vous soyez, vous, les adjoints du livre. Vous commencerez par vous soumettre au livre, en lisant vous-mêmes, clairement, éloquemment, comme il faut lire; ensuite les enfants reliront la même page, et plus d'une fois. Assurez-vous que chacun lit tout bas; et, en vue de tenir l'attention éveillée, changez le lecteur souvent, et à l'improviste. J'ajoute que ce n'est pas amusant; mais nous ne sommes pas ici pour nous amuser. Par cette sévère méthode, il arrivait qu'on ne trouvait guère d'illettrés dans ce coin-là.
(…)
Quand je lis Homère, je fais société avec le poète, société avec Ulysse et avec Achille, société aussi avec la foule de ceux qui ont lu ces poèmes, avec la foule encore de ceux qui ont seulement entendu le nom du poète. En eux tous et en moi je fais sonner l'humain, j'entends le pas de l'homme. 


Alain, Propos sur l'éducation.

Citations recueillies par Mathieu Bock-Côté

31 août 2014

L'homme blanc de Perrine Leblanc (extrait)

Les monts K.

Dans la Zona il dirait aux autres prisonniers : J’ai volé pour la première fois à l’âge où les enfants apprennent à lire.

C’était sa façon de résumer les premiers temps de son art. Il s’appelait Nicolas mais tout le monde le surnommait Kolia. En prison, après l’implosion de l’Union, il découvrirait la pérennité de certaines conditions d’existence dans les enclos, où les hommes devenaient des bêtes marquées.

Il traîna avec lui dans le monde libre l’odeur des chiottes du camp et des morts qui se découvraient au printemps. Cette odeur reste en mémoire et sur soi. Les corps qui revenaient du bagne étaient indécrottables. Kolia vit le jour en 1937 dans un camp de travail. Il a toujours préféré taire le nom complet de son lieu de naissance. Nous nous contenterons de dire qu’il s’agit des monts K. La Sibérie recouvre environ treize millions de kilomètres carrés. À certains endroits, c’est une fosse commune et septique.

On avait connu les katorgas, ces travaux forcés compris comme châtiment dans le système pénal de la Russie impériale. Les camps de Staline reprirent l’idée d’une structure punitive extrême pour isoler les ennemis, peupler le territoire réputé hostile et, afin d’inscrire le projet dans l’idéal socialiste tel qu’il le voyait, rééduquer par le travail les citoyens hors normes. Dans le Grand Nord, on s’évadait surtout par la mort. Le froid, les rations qui variaient selon la qualité du travail, les maladies et engelures qui entraînaient souvent la perte de membres, la vie diminuée comme une peau de chagrin, la sexualité déviant du désir naturel pour la plupart des gars, c’était le quotidien au village, une prison ouverte composée de baraquements.

Des circonstances qui le firent naître au dispensaire du camp, il ne saurait pratiquement rien. Il est facile d’imaginer que sa mère accoucha accroupie comme une sauvage, le tirant hors d’elle dans ses propres matières fécales et l’indifférence du public médical déporté. On ne lui avait pas permis d’avorter, même si la pratique était légale.

L’homme qui donna à Kolia son patronyme, Vladimirovitch, n’était pas vraiment son père; son géniteur, mais il ne le sut jamais, était un fonctionnaire qui avait violé sa mère. Kolia vécut d’abord avec elle dans le baraquement des femmes, puis voyagea entre la crèche et leur couche commune. On le traita comme un enfant qui compte peu, mais, parce que sa mamka avait des avantages sur les autres, il eut droit à l’essentiel pour se développer. Son « père » avait été professeur et se méfiait de la politique, sa mère jouait du piano et chantait bien. Sur dénonciation anonyme, on les avait déportés au nord de Moscou, puis, ensemble, à l’extrême est. Ensemble, c’était une chance. On épargna à sa mère les travaux lourds du fait de sa grossesse et de son talent pour la musique. Chaque semaine, elle donnait un récital pour le personnel libre dans les locaux vétustes qui avaient déjà abrité le Département culturel et éducatif du camp. Les apparatchiks n’avaient pas le cœur à la bonne place, mais, parfois, ils avaient du goût.

L’enfant Kolia s’amusait souvent avec une boule de quille fabriquée sur place par sa mère durant le dernier mois d’été qui avait précédé sa naissance. La surface du jouet était irrégulière. Pendant qu’elle travaillait son chant et reprisait les vêtements des Services, il détaillait la boule et la caressait; il en connut assez vite les aspérités. Il dormit avec sa mère, but son lait tant qu’il put. Les enfants nés entre les murs devaient en général être séparés de leur mère avant de se mettre à marcher, si on pensait à le leur apprendre sinon ils rampaient jusqu’au trou de leur mort. Kolia eut la chance exceptionnelle de rester auprès de la sienne jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Voilà qui pourrait expliquer qu’il ait aussi appris à s’exprimer autrement que par des sons inhumains, à pisser et à déféquer comme les hommes debouts qui vivaient près de lui.

Quelques semaines avant sa mort au camp, à quarante ans, le père ne pesait pas plus qu’un paquet d’os. Kolia avait six ans lorsque ses parents moururent; il était assez fort pour porter la boule de quille dans ses bras. Le père creva de fatigue; la mère disparut. Un homme qui n’était pas son père, ni son géniteur, ni l’un des gardiens de la crèche, lui apprit la nouvelle. L’histoire n’a pas retenu son nom, Kolia non plus. L’homme, qui n’avait rien d’un personnage de la Bible, dit seulement :

— Rassemble tes affaires et suis-moi.

On lui attribua un matricule pour l’identifier, mais son statut était flou, entre prisonnier et enfant soviétique. Il put conserver la boule de quille, une couverture assez rêche, celle de sa mère, et les vêtements qu’il portait. Le caban rembourré qu’on lui donna était deux fois trop grand pour lui. L’ourlet des manches fut replié sur le coude mais retombait souvent dans la soupe. Kolia suçait l’ourlet goûteux entre deux tâches, ça lui donnait l’illusion de manger. On le transféra dans une chambre de baraque qu’il partagerait avec des garçons sans cheveux. On rasait les prisonniers à la lame nue et au savon noir. La main qui rasait appartenait toujours à un barbier zek. Un crâne nu n’est jamais lisse : il laisse voir les blessures, les irrégularités de la structure et la pointe drue des cheveux qui repoussent.

Dès son arrivée à la baraque, qui portait aussi un chiffre, Kolia observa le crâne des garçons et les cicatrices…

22 juillet 2014

Moment légendaire


- Angélique, il faudrait vraiment que tu ranges ta chambre!
- Je lis « Les Légendaires », maman!
- Je sais, mais ta chambre est vraiment en désordre, tu liras plus tard…
- MAMAN, LIRE, C'EST MA VIE!

Pfff. Aucune volonté de ma part pour soutenir mon autorité. Je l'ai laissée tranquille, mais j'en prends bonne note. Quand elle se plaindra des lectures obligatoires au secondaire, je lui rappellerai, le sourire diabolique en coin, qu'elle m'a dit un jour que la lecture, c'était sa vie! Et vlan!